Rule, Britannia…

 

C’est une idée qui courait depuis quelque temps. Le Marché des transferts anglais fermera désormais ses portes avant le début du championnat

Les administrateurs de la Premier League ont décidé de mettre fin au mercato d’été juste avant le début de la première journée de championnat. Cette règle est effective dès la saison prochaine. C’est par quatorze voix contre six que la règle a été adoptée.

Cette nouvelle règle est une avancée pour le football anglais qui dicte peu à peu sa loi à l’ensemble de l’Europe du football. Après avoir ratissé large en terme de droits télé – ce n’est pas fini – la Premier League étant son pouvoir jusqu’à dicter le calendrier au sujet des transactions qui se déroule durant l’été.

Ainsi, le football anglais fort de sa puissance économique travaille à réorganiser le cadre juridique du football européen. Si le football anglais est structuré depuis plusieurs années dans une logique libérale, rien n’empêche ses décideurs de considérer qu’une activité commerciale de première importance telle que les transferts puissent être soumis à un nouveau calendrier avec une réduction du temps en passant de trois à deux mois.

Les patrons des clubs oligarques ont caressé l’idée de créer une ligue fermée depuis une trentaine d’années. Cette idée mise en œuvre par Ramon Mendoza, président du club du Real Madrid et  Silvio Berlusconi propriétaire du club du Milan n’a jamais pu aller au bout de son objectif. Les Anglais ont toujours décliné l’offre, peu importe si les propriétaires des clubs sont étrangers. Les, Glazer, Kroenke, Abramovitch, savent qu’il y a des limites à ne pas franchir. Ils s’alignent sur les recommandations et exigences des administrateurs de la Premier League tout en ayant le droit de se positionné contre des projets de loi visant à réformer le cadre du championnat.

Les dirigeants des clubs oligarques refusent à croire que leur fin est proche. Leur vanité, leur orgueil et leur absence d’introspection les empêchent de produire la moindre réflexion. Les sorties du président de la Liga n’ont rien de sensationnelles, elles sont d’une logique limpide.

Alors que les dirigeants de la Liga enragent sur le départ de Neymar synonyme de  perte immense en termes de droits télé pour les prochaines années et signe annonciateur de la déclassification du championnat espagnol , alors que le Calcio est incapable de réagir face à la puissance britannique, empêtré dans ses affaires et son archaïsme, que la Bundesliga stagne, stérilisé par la prédominance politique du club du Bayern Munich, le football anglais qui se distingue par son absence de hiérarchie –  raison pour laquelle il est détesté par la moitié des intervenants sur les réseaux sociaux – s’organise et avance à grands pas.

Salary Cap ?

Seule, la possibilité d’un salary cap peut endiguer à terme le pouvoir de la Premier League sur le football européen. Si l’UEFA décide d’avoir recours à ce stratagème, elle risque de fragiliser encore plus le pouvoir des clubs oligarques pris à leur propre piège.

En attendant, le rayonnement de la Premier League va cesser de s’intensifier grâce à ses anciennes colonies en Asie et sa prédominance sur le continent nord-américain, qui demande toujours a consommé du football britannique. Le temps travaille pour les Anglais, reste à savoir ce que cette future donne – non pas en Europe, mais en Angleterre – va enfanter ?…

 

Yves Alvarez

Yves Alvarez

11 Comments

  1. « le football anglais qui se distingue par son absence de hiérarchie –  raison pour laquelle il est détesté par la moitié des intervenants sur les réseaux sociaux – »

    Je n’y avais jamais pensé…or voilà qui me paraît bien vu, bravo!

  2. C’est vrai Yves : je souscris à ton avis. Il y a une défiance ( sans doute une vieille rengaine.. rivalité..) concernant le football anglais qui ne date pas d’aujourd’hui chez nous. L’ancien kick and rush c’est sale , pas suffisamment spirituel , pas assez calculateur…

    Indépendamment de ça les clubs oligarques ont encore énormément de pouvoir : la pression ne va pas s’affaiblir même si les promoteurs de la Premier League sont en position de force.

    L’affrontement ne sera pas forcément aussi antagoniste : L’Uefa aura besoin des mastodontes Bayern Real Barça pour sa Ligue des Champions. On peut même dire que le véritable mètre étalon du football européen c’est sa plus prestigieuse des compétions continentales. Le Premier League empiète cependant de plus en plus de part de marché. Même la Championship est riche…

    L’ironie c’est que ce soit le pays du football qui devienne l’élément perturbateur de ce système. Oui les propriétaires étrangers en PL savent où sont les limites à ne pas dépasser.

    En revanche la redistribution des cartes , l’absence de hiérarchie n’est pas ce qui dérange le plus les élites françaises : on a par habitude en France de soutenir le petit poucet… Ou bien est-ce de l’hypocrisie ? Car le succès de Lens en 98 avait fait grincer quelques dents en coulisses malgré les beaux discours…

    Après il y a également des prédateurs redoutables en Angleterre et c’est parfois très très sale…

    • Oui, chaque football à sa part d’ombre, quoique les Anglais ne prennent jamais de manière quand il s’agit de faire pété un problème….et peu importe la gravité. Pédocriminalité, paris truqués, etc etc…

      La Champions League est certes lucrative, mais quand la Liga perdra ses deux trois têtes d’affiche qui lui reste, attention le plongeon, les Italiens sont déjà passés par là…c’est une question de temps.

      Les Anglais ont un avantage considérable, la diversité de leur championnat et leur ancienne colonie qui sont hyper développés sur le plan économique…

    • Question pour les hispanophiles/phones : la Liga est-elle aussi suivie, en Amérique latine, que ne l’est la PL dans les anciennes colonies brits?

      J’imagine que le pillage en règle des footballs latino-américains a bien dû participer d’un surplus d’intérêt, par là, pour les scènes européennes où ont singulièrement afflué de joueurs latino-américains………………mais, différence de taille avec l’hinterland britannique : l’Amérique latine est pétrie de culture-foot, elle…alors que pour plupart des ex-colonies anglaises, bof…

      Je sais qu’au Maroc on ne jure que par la Liga ; l’engouement pour la Liga y est aussi fort qu’il ne l’est, par exemple, pour la PL en Ouganda (même au fin fond de la brousse, ça m’avait marqué : ils y arborent des maillots de PL pour suivre les matchs, c’est fou)…

      • Il me semble que les clubs espagnols les plus suivis en Amérique latine sont principalement les 2 mastodontes de la Liga.

        « l’Amérique latine est pétrie de culture-foot »
        Ça dépend de ce que « culture-foot » peut englober, et chez quelle population, chez les jeunes j’ai l’impression qu’ils sont aussi bien englués que nous dans la mass consumption ambiante…
        Ça m’arrive de discuter avec des sud am en ligne (genre 20-30 ans), ils affirment volontiers suivre la Champion’s League plutôt que la Copa Libertadores. Ne sous estimez jamais le pouvoir du marketing 🙂

        • Pas faux et puis, quand tu as autant de joueurs vedette des sélections les plus en vue qui joue presque tous en Europe, logique que les gars regardent ce qui se passe en Europe….

          • Oui, c’est ça. Ça concerne surtout les jeunes genérations née a partir des 90’s et qui ont donc vu tout les joueurs phare de leurs clubs partir aprés la crise, lorsque le peso ne valait plus rien et les talents commencait donc à s’évaporer de plus en plus rapidement, créant chez ses jeunes une forme de résignation (que je comprend, suis passé par la moi aussi…), du genre: « bon mon club restera toujours mon club, mais vu qu’a chaque fois qu’un joueur sort du lot, il s’en va dans la demi-seconde prés, on va un peu les accompagner en les suivant de loin… »

            J’ai toujours eu horreur d’entendre mes grands-péres et mon pére me parler de leur époque. Tandis qu’ils me racontaient les joueurs qu’eux avaient vus de leur propres yeux, moi je me rendais au stade pour soutenir Walter Pandiani, Oscar Aguiregarray ou Dario Silva. Et encore, 6 bons mois et oust, voila qu’arrive un chéque de Serie B ou d’un club du fin fond de la Liga et qu’un nouveau jeune le remplace en attendant de partir à son tour, l’attachement identitaire (j’éspére qu’on ne me taxera pas d’individu d’extrême-droite :p) aux joueurs du cru en prend alors un coup et l’on se résigne trés vite à ne ne se rendre alors au stade uniquement pour y retrouver les amis et pour y mettre l’ambiance…

            Petit bémol Magic cependant, les audiences des grandes affiches de C1 n’atteignent cela dit jamais les niveau de ceux des telenovelas ou des grosses affiches de Libertadores pour une raison toute simple: lorsque ses matchs débutent, il est 15-16h seulement dans le nouveau Monde, les gens bossent et sont à l’école…

            PS: fait quand meme gaffe aux forums argentins, on y trouve de sacrée specimen, ah ah…

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