Trente ans de libéralisme dans le football

 

Le feuilleton concernant la vente du club de football italien de l’ Associazione Calcio Milan a pris fin. Ça fait plusieurs années que Silvio Berlusconi avait mis en vente le club qu’il détient à 100% par le biais de sa holding, la Fininvest. La crise, des revenus en baisse ont altéré la santé financière de son groupe. Condamnée par la justice italienne suite à l’affaire de l’acquisition des éditions Mondadori à auteur de plus de 500 M€, auquel s’ajoute un divorce fort couteux, l’impossibilité de financer son club à fonds perdu a produit assez rapidement une dette de 240 M€.

Vu la somme demandée par Berlusconi, 740 M€, personne ne s’est manifesté en Italie pour reprendre les rênes du club. Après de multiples contacts avec des investisseurs basés en Asie dont Bee Taechaubol, un homme d’affaires thaïlandais en relation avec le fonds d’investissement Doyen Sports, et une entreprise chinoise de commerce en ligne, l’entrepreneur lombard a fini par trouver un accord de session de 99,9 du club milanais au consortium chinois, Investment Management Changxing pour la somme de 740 M€ à travers une filiale créer pour l’occasion, Rossoneri Sport Investment Lux.  Le club sera présidé par Monsieur Yonghong Li, le poste d’administrateur délégué échoue à Marco Fassone, quant à Massimiliano Mirabelli, il prendra en charge l’aspect sportif du club.

Il y a trente ans, Berlusconi avait repris le club lombard mal en point pour lui redonner selon ses propos, son prestige d’antan. L’homme d’affaires transalpin, outre  ses chaines de télévision avait besoin d’un outil pour mieux véhiculer la notion libérale dans une Italie peu enclin à épouser ce type de politique.

Trente ans plus tard, le bilan est sans appel. Les footeux affichent le palmarès obtenu sous l’ère Berlusconi, mais sans prendre le soin d’en discuter en profondeur, pire, tous célèbre le grand virage souhaité et imaginé par Berlusconi du football fast-food et mondialisé, les joueurs italiens malgré la présence de Franco Baresi et Paolo Maldini ont été marginalisés au profit des vedettes étrangères. Ruud Gullit, Marco Van Basten, George Weah, Andrei Shevchenko, Kaka, tous lauréats du Ballon d’ Or et dont certains ont franchi le Rubicon pour se lancer en politique et délivré le message libéral.

La concurrence toujours plus forte en matière de droit télé entre ténors du football européen à fragiliser le football italien, la crise a réglé la question sans parler du reste, évoquer au début de l’article. Le club du Milan était par la représentation de ses supporteurs proche du mazzinisme, l’alliance entre les entrepreneurs et le prolétariat lombard sur le plan économique et social. Dès sa prise de fonction, Berlusconi s’est attelé à « domestiquer la tribune ». L’homme de médias a liquidé cet état de fait pour faire de ce club un acteur de l’idéologie libérale, une marque mondiale, un club sans identité.

Le libéralisme est une fuite en avant pour des dominants intérimaires, il était logique que le Milan soit un jour détenu par des investisseurs étrangers qui ne possède aucun lien avec ce club et leur supporteur, en somme, la logique libérale appliquée dans sa finalité, mais tout refoulement identitaire sous couvert de l’argent et de victoires tronquées n’est jamais un gage de progressisme.

La question anthropologique n’a pas encore gagné les tribunes des clubs qui ont subi une éradication totale de leur identité à travers la mondialisation du football, mais un club c’est les supporteurs, une communauté sociale structurée par sa culture d’origine, les joueurs ne sont que de passage, tout comme les touristes d’Easy Jet. Tôt ou tard, cette séquence libérale va s’achever malgré les vieilles ficelles que les tenants du football actuel vont s’évertuer à utiliser jusqu’au bout pour continuer à instaurer et vendre ce népotisme qui commence à altéré sérieusement l’image que véhicule le football et donc le marché…

Yves Alvarez

Yves Alvarez

15 Comments

  1. Et oui, 30 ans… Tu parles d’un anniversaire…!

    Les récits de mes deux formidables collègues italo-belges, pas vraiment de gauche, sont sans appel : le pays en est ressorti lessivé sur tous les plans (sociétal, culturel, moral, identitaire, économique…) ; l’aliénation est allée de pair avec un déclin structurel profond.

    Pour le reste, voilà un article ma foi hybride…et qui réclamera chez moi 2-3 relectures :o)

  2. Détail amusant : Berlusconi s’était porté candidat pour reprendre le PSG… le personnage aurait donc possédé deux clubs de football… Tapie voulait de la concurrence…

    Hormis les ballons d’or ( qu’Alexandre ne supportent pas) d’une manière superficielle ou pourrait dire que son bilan sur le plan sportif est excellent : une domination sur le plan européen et une multitude de grands joueurs. Par contre de manière plus approfondie on pourrait tomber des nues.

    Silvio B a vu certaines choses , certaines mutations mais n’était-il pas qu’un simple pantin? Ne pas oublier certaines collusions ( politiques , souterraines , plus ou moins légales , plus ou moins opaques… ) qui pourraient expliciter son « parcours »…

    Pour le reste on peut toujours en discuter.

  3. Berlu a copiné avec Bettino Craxi à ses début, les deux avaient déjà anticipé les années de plombs, ils deviennent les dominants au moment où elles s’achèvent…
    Berlu est du genre atypique, il n’a rien du cadre supérieur, rien de commun avec le cador du cac40, bref rien de commun avec un Macron et tout ce qui s’apparente à cette espèce…
    Berlu a toujours utilisé l’humour – souvent graveleux – parlant comme l’homme de la rue pour mieux faire passer sa politique libérale…

    • Berlusconi, anticiper les années de plomb? Son nom figurait parmi ceux des membres de P2 ; si j’étais cavaliere (ah ah), j’en dirais qu’anticiper cette merde était alors la moindre des choses……………..mais j’ai envie d’être un peu plus subtil, allez : de son affidation à P2 (que je suis incapable de dater), je pense tout bonnement, et faute de mieux, qu’il goûta à bien des râteliers (souvent connexes, il est vrai…).

      Berlu, atypique… Un morphotype du CAC40 aurait-il pu gagner les cœurs de l’Italie?? (je suis sceptique autant qu’interrogatif, mes horizons sont nordiques)

      Dans une veine plus crâneuse, plus « petit coq » et qui, d’ailleurs, ne va pas sans me rappeler certaines pages de l' »Evaristo Carriego » de Borges : Mussolini aussi me semble avoir surjoué l’homme de la rue…?

  4. Je ne crois pas que Berlusconi soit un libéral. Il n’est pas pour une concurrence libre. C’est plutôt un oligarque qui profite de son entregent, qui achète et corrompt. Il est sur ce point significatif de mettre en parallèle le taux de profitabilité de son groupe et ses passages au pouvoir.
    Accessoirement, son départ acte la fin d’une spécificité italienne, les barons d’industrie, qui par passion, intérêt, besoin de gloriole ou esprit de revanche entretenaient un club de foot comme ils entretenaient une maitresse. Tous y ont laissé des fortunes et seuls sont restés ceux qui ont été capables de gérer correctement (Della Valle, Pozzo…) et non pas simplement garder un club sous perfusion financière (Moratti, Sensi, Cragnotti, Berlusconi…)

  5. Berlu est ou était un libéral un brin atypique « moi et rien que moi  » mais assez habile pour jouer le rôle défini par le système, bien plus tard, quand il a compris que ça commençait à se retourner contre lui, il a voulu se raidir, faire de la résistance, résultat le système s’est débarrasser de lui…

  6. Le libéralisme est synonyme de déculturation, l’Italie à régresser sur le plan économique, mais la déculturation à frapper le pays dans sa globalité…. football italien compris.

  7. Mais mon pauvre Haddock, personne ne connaît Otto de Habsbourg et presque tout le monde s’en fout..
    Sur l’élection, je vois ça comme un petit pas pour les forces antilibérales, le malheur est qu’elles ne sont pas encore pluriel, ça viendra,;;;et puis les libertaires, je veux bien leur faire une place…

    https://www.facebook.com/Giedrelalala/videos/1315288065174603/?autoplay_reason=all_page_organic_allowed&video_container_type=0&video_creator_product_type=2&app_id=2392950137&live_video_guests=0

    • « Mon pauvre Haddock »? Tu ne crois pas si bien dire!

      Là où tu parviens à voir un petit pas, je ne vois pour ma part que balkanisation de toute forme d' »opposition », énergies éparses et sentiments d’impuissance. Petite et moyenne bourgeoisies (pour les ouvriers, la messe est dite) ont beau se faire grignoter, elles aussi, le mantra qui fonctionne reste celui consistant à épingler le moment venu la « banalisation du FN » plutôt par exemple, et concomitamment, que d’épingler aussi voire surtout la banalisation de la post-démocratie (…gouverner par ordonnances…)…

      Le Otto, ce père nostalgique de tant d’officines paneuropéennes? Je me fais peu à peu une raison : l’impression qu’avec mes 40 berges, je goûterai un jour à quelque retour à l’Ancien Régime.

      Ceci étant dit ta vidéo m’a fait rigoler, déjà ça de pris!… ;o)

  8. Eh, elle est toute mignonne la petite Giedré, nan mais…un gros bisou !

    Je lis ici et là le ramassis de tordus, les digues sautent ah ah ah……Ils n’ont encore rien vu, ce n’est pas grand-chose, j’entends la notion antilibérale par la droite nationale qui n’est qu’une poussée d’urticaire…

    La guerre c’est à gauche, quand les socialos – les vrais – héritier du blanquisme vont réinvestir le champ politique, ça viendra un jour, j’y serai, ce sera violent pour le showbiz, les manipulateurs et les mondialistes, entre autres…

    • Énorme ta vidéo !

      Tu te revendique de Blanqui Yves ?
      Non mais qu’est ce que je fout encore sur ce site de gros fachos nostalgique du IIIéme Reich !? :p

      Cela dit, et plus sérieusement,, je peut tout à fait comprendre que vu la richesse et la diversité historique du véritable socialisme français, certains des derniers des mohicans se réveillent (assez tardivement certes…) pour pointer du doigts les usurpateurs qui s’en réclament, vous aurez absolument tout mon soutiens 😉 !

  9. Quand je dis que MLP et JLM ne sont pas à la hauteur sur la question antilibérale, c’est tout simple….
    Ces gens n’ont pas le niveau pour aller vers une transition fait de pragmatisme pour évoluer vers l’antilibéralisme, de plus le second comme tous les gauchistes est un agent de la droite libérale, va falloir attendre, la politique c’est des séquences……

    On rentre dans une séquence ou la droite libérale et demi-antilibérale vont s’affronter durant dix ou vingt ans, de l’autre, la gauche libérale va se détruire et se reconstruire à plusieurs reprises et puis ……….Viendra l’inéluctable, le retour du concret avec la vrai gauche.

    Oui, le socialisme était comme dit la formule, diversifié. Je veux bien le croire…..Les libéraux avaient des agents de tout premier plan, Hugo, Jaurès, du très lourd difficile de faire face…

    De nos jours, je vois Biolay, Pulvar et consort, mouais, je me dis qu’il y a une ouverture à terme, lol….

    • Puisque tu évoque le show-business, Yves (Biloay, Pulvar, mdr…), et pour revenir au football: que penser de l’action et de la présidence d’un Elton John à la tête de Watford ?
      Voila un type qui consacra tout de même 25 ans de sa vie à la présidence de son club, s’associant et écoutant ses supporters et donnant tout un ras de concert personnel afin de permettre à son club de récupérer son enceinte historique, c’est assez admirable de sa part je trouve…

      Watford a été racheté par les Pozzo depuis, rejoignant ainsi la caste babélisé des clubs anglais vidé de leur identité britannique (Vicarage Road a survécu lui, mais pour combien de temps ?…)

  10. Rajout
    La grande majorité des gens – les biens portants – ont renoncé à voir dans le pays l’idée d’une nation forte qui a son mot à dire, d’où la dévotion à l’UE et le reste, c’est comme ça…
    Je ne suis pas un fanatique du capitaliste, mais si l’étais un gros possédant, j’aurai conscience que l’idée de régression histoire d’en avoir encore un peu plus est une belle connerie…

    • Grande majorité? Ils ne tarderont pourtant à gonfler les rangs des sans-dents…

      On trouve aisément d’études (qui ont mes faveurs) corrélant l’idée capitaliste à une forme de narcissisme – et, parmi ceux prospérant dans ce cadre, une surreprésentation de profils psychopathologiques. Autant te dire que la régression…

      Biolay, Pulvar………. Ben ils sont au niveau du reste ; quel besoin d’un Hugo à l’ère du zapping, de la Ligue des Champions et du selfie, Yves? Ces agents, comme tu dis, ne volent pas bien haut, certes……….et cependant, aussi régressive soit la situation (pour moi, c’est du néo-féodalisme), constat amer : ça marche!

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