Genesis

La tradition chamanique? On ne pourra jamais l’éteindre, ni chez nous, ni chez d’autres peuples. Malheureusement, elle prend dans les sociétés européennes des formes sectaires, parce que les gens n’y ont plus d’accès naturel à la réalité magique, à l’aspect chamanique de leur propre existence. (Wole Soyinka)

Du monde et de ses représentations

Vif contempteur des credos obtus de la science, quoique lui-même défricheur décisif des secrets de l’ADN et de l’hérédité, le biochismiste Erwin Chargaff rappela un jour qu’« il existe deux types de formation de la pensée… L’une est mécaniste, positiviste et réductionniste, et s’exprime dans les sciences de la nature… L’autre est ce que j’appellerais la pensée lyrique… Au XVIIIème siècle, et d’ailleurs jusqu’au XIXème, elle existait encore dans la littérature allemande chez Claudius, Hölderlin… – ou dans la littérature française chez Hugo, Baudelaire, Lautréamont, Rimbaud… Ensuite, les sciences de la nature sont intervenues. Elles ont accaparé cette position et, dans une certaine mesure, l’ont transformée en une religion dogmatique, à laquelle l’on est désormais forcé de croire… »

Singulièrement marquée par le temps horlogique et universel d’un Newton (lequel, un jour, serait pourtant formellement contredit par le trublion Einstein!), et fondée donc sur des rouages linéaires et progressifs, tous parents du kronos hellène, cette pensée mécaniste aura de fait tant marqué les cultures et sociétés occidentales qu’on en trouverait bientôt trace, aussi, jusqu’aux expressions singulières de son art-football : football scientifique et statistique d’un Olsen ; distribution et mobilisation, rationnelles et systémiques, de l’espace et des ressources humaines en l’école ajacide ; soumission et réduction radicales de l’individu, devenu rouage spatial et temporel, aux stratégie et rythme de l’ensemble, et qu’aboutirent un jour les si horlogiques « tik-tak » répétés de certain post-toque ibérique…

Bien sûr ces mode de pensée semblent-ils ne devoir être discutés pour qui, depuis l’enfance, n’en aura jamais connu d’autres… – Et de fait la civilisation occidentale s’est-elle corps et âme vouée au pieux culte du temps-Kronos, lequel continuum et progrès aura donc été le vecteur historique (quoique non-exclusif) des arts et techniques ouest-européens… Mais pauvre Occident ce-faisant!, puisque né de la pensée gréco-classique, certes… et cependant oublieux, et désormais orphelin sans doute, de ces deux autres temps distingués par ces mêmes Grecs : et l’immuable aeon, temps de l’éternité et de l’immanent, du genius… et plus encore ce troublant kairos, temps de l’opportunité, du basculement, et surtout de l’accomplissement du daimon (à savoir, et selon Platon dans « Le Banquet » : de quelque force intérieure, instinctive, et « intermédiaire entre ce qui est mortel et immortel ») !

Or précisément, et à l’heureux bénéfice de la féconde diversité des arts et des peuples, d’autres sociétés (souvent dites archaïques, par opposition à la docte modernité du kronos) auront-elles longuement préservé ce kairos : et temps de la personne, et temps de l’événement, et temps d’un art de vivre… Et ainsi de sa lente perpétuation en Afrique – de ce « temps élastique » donc, souvent réduit à la procrastination… mais qui est bien plutôt temps sacré et intime de l’individu, et moteur premier de ses actions puisque le temps fondamentalement, aux achroniques Tropiques, de ne se matérialiser et de n’exister que dans la perspective d’une opportunité, et quand la personne y consent (car le temps de l’action, en Afrique, d’être le choix exclusif de l’individu!)…

Ces vestiges du kairos, c’est aussi Borges dépeignant, en 1955 dans son Evaristo Carriego, l’art lambin et populaire de l’humble carriole tractée, aux faubourgs de Buenos Aires, «  (…) comme si la célérité des autres véhicules n’était que hâte affolée d’esclaves, et sa propre lenteur prise de possession du temps, de l’éternité pour ainsi dire (cette prise de possession du temps est le capital infini du créole, son seul capital… – nous pouvons même élever la lenteur jusqu’au niveau de l’immobilité : à la possession de l’espace) »…

Ou sous la plume de Ryszard Kapuscinski, sensible explorateur et conteur des Afriques pour qui, chez les Européens et malgré Einstein, le temps d’exister par soi et en-dehors d’eux-mêmes, imposant partant de s’y soumettre… – quand pour les peuples nègres, qui le conçoivent d’une façon autrement dynamique : le temps élastique d’être le simple résultat d’une action… et qui « disparaît donc, dès lors que l’homme n’entreprend rien ou bien renonce à elle »…

Cultures du kairos

Etrangers peu ou prou aux diktats chronologiques, et libres autant qu’inscrits, ce-faisant, au coeur-pulsar de leur vision du monde : l’on comprend aisément que ces hommes du kairos, liés rien qu’aux aiguillons du besoin propre et de la pulsion, et hommes singulièrement de la différence et de la réceptivité, occupent plus que tout autre une place privilégiée, parmi ceux susceptibles de génie créatif (puisque celui-ci, à en croire du moins Socrate ou bien des psychologues contemporains, de procéder de l’émergence d’un daimon, vecteur d’aliénation et de créativité!)… – Et de fait, jusqu’aux plus vifs reproches que ce temps noir parfois inspire (car le chaos, le désordre, l’apathie…!) : nul ne saurait dénier, à la mélancolique âme nègre, son long empire de créations!

Car blues poisseux du Mississipi… – sans qui nul rock, non : folk!, fossile vivant d’art populaire, né aux famines irlandaises – ; jazz cafardeux, art libre… ou funk et techno même ; reggae, break-dance… : tous nés du (sublimant) kairos nègre!…

L’Occident est bien mièvre, décidément, qui depuis l’art classique, qu’entre-temps log-uifièrent les Descartes et Newton, et Kant voire da Vinci : n’oppose que technique!

Ou ces « sorciers » d’Afrique, « grigris »!… – Okocha, Bonga-Bonga… Kalusha, Salif Keita… Fadiga, Abedi Pelé! : joueurs d’ingénéries quelques-fois confuses, certes (puisqu’autodidactes drus… puisque génies « s’arrachés » à la rue!)… mais joueurs suprêmement inspirés!… – et qu’un néo-colonialisme du jeu, aux académies de football, désormais réduit en parfaits produits des technocratismes métropolitains (car Françafrique du foot, stérile ingénérie… : ô plus rien que ta discipline et tes muscles!)…

D’entre deux, et puisque Maghreb d’être Afrique (quoique plus encore, qui sait, à ses endogènes Touaregs et Kabyles ?) : ce furent Madjer, Belloumi… Ben Barek, Hassan… Mustafa Hadji, Zidane!… Et ce sont un peu encore – Atlas farouche, Aurès! –, sinon sans doute en l’occidentale Tunis, les Taarabt ou Ben Arfa!

Outre-faille atlantique enfin, soeur orpheline d’Afrique : c’est l’Amérique latine, pétrie de « sauvageries » indienne et caribe… – et c’y furent Rivelino, « Magico » ; Cubillas, Leonidas ; Ronaldinho, Zico ; Zizinho, Ardiles ; Etcheverry, Garrincha ; Kempes, Maradona ; Recoba, Valderrama ; Higuita, Campos ; Pelé, Francescoli…!

Et grandeur sublime de ces footballs latinos!, sud-âmes amérindienne et nègre, métissages féconds autant que préservation, farouche!, et de la part du jeu et de la part de l’homme…

– et misère galopante du jeu qui y répond, en ces repoussoirs-football d’Occident qui, aux féconds daimons des footballs transatlantiques, et depuis un genius propre qu’abusent ses croyances (car Ajax, Barca… : que de bêtises ne dit-on en vos noms!) : ne « vibrent » et ne « vivent » plus, ô toujours tant et plus, que de puissance et d’organisation… – de kratos!

Football et kairos

Et ainsi d’un Lionel « Maestri », d’un Johan « von Karajan »… – ainsi de ce Catalan servile, surdoué du carcan, re-né aux éprouvettes… et ainsi de son hâbleur mentor, fils de Rolink, enfant de Lebensbron, et acide chef-d’orchestre de l’ajacide ingénérie… : du génie créatif??… ou bien plutôt idoles absolues, tant en sont produits finis, de cet ersatz-génie qu’encenseront les amnésiques peuples du dieu-Kratos, aux panthéons piteux du ballon rond…?

Quand loin ces illusions, le génie pur, créatif… – impulsif! – : c’est Maradona le tox’, à ses crépuscules argentins, marquant d’un drop insensé dès le rond central… – C’est Maradona « l’indien », passant en revue les lignes brit’… – mais non tant sur la puissance ou le calcul, sur sa vitesse ou sa conduite… que sur tout cela et plus encore : sur la rupture et le délire!

– C’est Diego de Naples, excentré sur la gauche, bout de course et cuir fuyant… et qui le redresse en désordre, contre toute logique, toute gravité… : pleine lucarne opposée!

C’est ce cuir lancé de babord, et Pelé lancé de tribord, à l’assaut d’un Mazurkiewicz tragiquement esseulé… – et c’est Pelé qui, loin l’option réaliste, et convenue et classique : croise la course du cuir, le laissant courir au loin… et renouvelant l’art splendide du grand-pont : méduse l’Uruguayen!

C’est Pelé encore, jetant un sombrero inédit et fatal, en Finale de Coupe du Monde, face à de stupéfiés Suédois!… – C’est Pelé toujours, 12 ans plus tard et saisissant l’opportunité d’une frappe aux 50 mètres!

C’est Stojkovic contre l’Espagne, Huitième de finale italien… et ce ballon qui lui parvient, kronos idoine pour la volée, et que Dragan maîtrise, maîtrise… autant que sait l’idiome secret du kairos, étranger aux robots… – et que Dragan saisit!, qui pourfendant les codes du football : contrôle invraisemblable, ballon tracté du céleste à la terre… puis touche paisible encore, décontraction du tir… Rideau!

Au-delà des Portes de Fer, c’est l’orageux Hagi lequel, plutôt que de centrer, que de plonger, et que d’attendre ou de trianguler : saisit un autre kairos, non moins inouï, non moins aliénant, non moins imperceptible au commun des mortels… – et portant ses yeux au loin, repoussant le réel : porte sa balle au large, jusqu’en lucarne adverse!

Ce seront aussi, plus rares!, l’un ou l’autre gestes à caractère défensif… mais d’un génie davantage compté car, si le génie consiste à créer, innover… : la défense, elle, entend plutôt dé-créer!… – Et ainsi donc, cependant, de ce petit pont bien senti, placé en son rectangle pour soulager sa défense, par un Laurent Blanc kairotique qui, il est vrai, était meneur de jeu de formation…

N’étaient de rarissimes acteurs de champ, tel qu’au Belge Anoul, auteur de l’invraisemblable « but de Colombes », le génie des arrières, en football, paraît plutôt l’apanage des héros des 11 mètres, tels Goiecoetchea, Landreau ; Ducadam, Vandendriessche… : tous enfants du kairos, tous spécialistes du pénalty!

Ou Bodart, Grobelaar… ; tant voisins d’Higuita! – et génies du péno… et bandits hors-pelouses!

Le daimon du péno, c’est aussi ce chaman obscur, réserve de Kabylie : monté au jeu aux tirs au but… et qui les stoppa tous, sorcier des pénalties!…

– mais ce n’est point Peter Cech, qui de son propre aveu, Demi-finale de Champions’ League : avait méthodiquement étudié, dépiauté et répété, les gammes de ses tireurs adverses ; pieux observeur de longs briefings… Et diablement efficace, certes!… mais à l’instar d’un Messi : et besogneux et appliqué, et malléé et ingéniste!

Ce sont bien sûr ces doux-dingues latinos ; gardiens colombiens, mexicains… : incapables de s’en tenir à leur rôle ; derniers remparts, excentriques!, de la féconde folie créatrice, « keeps volants »… – C’est l’aliénation ultime, et ludique et délirante, de cet insensé coup du scorpion!

Avant eux et en Belgique – car l’Europe ne jura point toujours que par le technocratisme ! –, ce fut aussi le gardien du Lierse Dreesen lequel, parmi ses quelque 24 buts au compteur, en inscrirait un sur coup-franc depuis…la moitié du terrain !

C’est le sombrero, pleine course!, d’un Gascoigne qui trouvait alors, dans les déraisons de son art-football, de ne sombrer encore aux déraisons pures de son chaos du vivre…

Ce sont les talonnades de Madjer, Nilis… puisqu’impulsives, kairotiques… et déroutantes et subversives!…

– mais à l’instar jadis des Cruyff-turns, ou passements de jambes de galerie, somptuaires et mécanistes, d’un Cristiano Ronaldo : ce ne furent peut-être celles d’un Streltsov… puisque d’usage tant ressassé ; signatures moins qu’inspirations, labeur!… – Ingenium et genius!

Loin l’exploitum systémique de l’espace, vu chez Michels et qui n’est qu’épuisement de la géographie du jeu ; c’est Robbie l’homme-serpent lequel, quand « enfilait son smoking » (selon le bon mot de Goethals), aux instants kairotiques du jeu : renouvelait l’espace ; 4ème dimension!

C’est Riquelme, Pirlo! : lectures ubiques des pelouses, vista!… – et c’est Zizou le dual : enfant prodigue de l’académisme français, certes… mais plus encore peut-être : enfant têtu du chamanisme berbère!

Le génie pur, né du daimon, c’est ce kairos saisi par Ibrahimovic lequel, cueilleur d’un fruit rond défendu, de ce cuir trop haut, lointain, inaccessible… : sublimera d’instinct, face aux Latins, l’art entendu de l’aile de pigeon!

Ou c’était de visu, il y a quelques années, sur un bourbier de Massamba… et ce marsupilami des cages, ce pygmée qui, pour tendre à sa lucarne, au large : prendra appui sur un défenseur, comme un gymnaste aux trampolines… – Houba, houba!

Ce fut aussi, Stade des Martyrs, ce joueur obscur envoûtant, d’un contrôle qui ne lui qu’appartient, né aux pieds nus et au poto-poto, l’horloger mécano de l’équipe adverse!…

– ou c’était trente ans plus tôt, sur les pelouses belges, ce Lozano des rues qui, d’une pichenette, d’une seule ; solution parallèle : abrutissait le redoutable mais si scolaire piège du hors-jeu!

Le génie créatif, c’est peut-être l’inspiration décisive d’un Fosbury! Voire Stockhausen partitionnant la galaxie ou gommant, amplifiant, hasardant, quadriphonant et hélicoptérant la musique classique!

Est-ce Picasso ? En tout cas c’est Nelson : briseur de codes, briseur de lignes!… – et c’est Alexandre tranchant le noeud gordien ; Alexandre à Arbèles… ou loin le conquérant esclavagiste, et banal et vulgaire : c’est Alexandre l’hellénistique!

Le génie créatif, c’est l’entièreté souvent, et parfois jusqu’à l’excès, d’individus que la différence contraint d’être opiniâtres, et d’enfoncer les clous pour pouvoir être entendus!… Et c’est donc parfois aussi, parente à l’entièreté de ces êtres, qui vivent leurs oeuvres sans vraiment calculer, excessifs : la générosité folle d’un Puskas, d’un Claessen… ou de Diego même, durant la Guerre des Malouines!

Loin les clichés navrants, tant prêtés hélas aux joueurs latins : ce peut être la sportivité sublime d’un Scifo, d’un Meazza… – et jusques aux canailles, c’est Diego encore qui, concédant son crime!, affirmera sans feinte des Anglais, énigme éternelle à son coeur de vaurien que oui, c’est vrai : voilà en effet « les joueurs les plus fairplay du football »…!

Le génie pur, créatif, beauté renouvelée aux diversités et désordres du monde, et genèse et volcan, n’est décidément point ce culte du chiffre et de la performance, que doctement récitent Cristiano et Messi, ou imposèrent Johan ou Pozzo… – Loin ces illusions, loin ce cirque ; loin ces simulations et ces supercheries : c’est bien plutôt la rencontre d’un tempérament et d’un kairos, d’une sensibilité et d’un événement, d’un individu et d’un moment, d’une pulsion et d’un secret… mais jamais d’un système ni d’un bilan!

C’est l’extase et le miracle…

Le génie, dans ses déraisonnables créations : a le chaos et la violence du coït.

 

Alexandre

La vie est une farce.

44 Comments

  1. Longtemps que je n’étais venu fureter ici et, ni une ni deux, je tombe sur ce joli poème.

    Pas le temps d’en écrire plus, je dois aller chez le médecin (j’ai « mal à la gorge »). Mais je ne manquerai pas de revenir prestement tartiner quelques lignes…

  2. Dix et quinze choses a écrire sur cet article. Je n’en dirais que trois.

    – Merci Alexandre pour la qualité de la plume, sincèrement.

    – La photo de Diego à la WC94 face a la Grèce. 4-0 pour l’Albiceleste. Match vu en direct vers 17h, GMT ( j’étais en Afrique) et actions revues des dizaines de fois jusqu’en 1996 ( merci la VHS !) avant que de quitter la maison familiale.
    Maradona- Redondo- Batistuta.  » Le plus beau but dans sa conception collective » dira un journaliste de Telefoot ou Stade 2, en résumé de la Coupe du Monde qui s’achevait.
    A la suite de ce match, je devins immédiatement, dans l’émoi adolescent, et définitivement jusqu’à ce jour, du moins , « Argentin ».
    Telle la quête d’un Paradis perdu, je cherche depuis, et en vain, dans une autre Albiceleste quelque filiation. Il manqua toujours aux suivantes quelque chose : soit le génie ( ré) créatif d’un Maradona, soit l’élégance , la simplicité et le leadership technique d’un Redondo, ou les chevauchées d’un Caniggia ou la percussion d’un Batistuta. L’actuelle sélection manque peut-être de tout parce qu’elle n’est pas tout simplement pas une équipe. Elle n’a fait ni le deuil de Maradona ( est-ce possible ?) ni plus curieusement celle de Riquelme .

    – Messi ? Que dire….? Je le considère en toute sincérité comme le meilleur joueur de l’après Maradona et pourtant….
    Je préfère la version pré- Guardiola dans ses fulgurances, sa vivacité et une certaine imprévisibilité que je n’ai plus retrouvées à partir de 2010 lorsqu’il gagna en muscles et se mit à marquer y compris hors de la surface de réparation. En 2007 -2008 lui confisquer le ballon relevait de l’exploit , ce double contact à vitesse irréelle face a Scholes en demie de C1, m’obligea à revoir des dizaines de fois le ralenti pour en comprendre la portée.
    Il me semble désormais stéreotypé, je lui accorde cependant d’être le meilleur modèle industriel qu’il m’ait été donné de voir.
    Son œuvre en sélection m’a déçu à mesure que celle en club grandissait. La Copa 2007 reste son acmée, malgré la correction infligée en finale par un Brésil, au réveil tardif d’un certain Robinho.

    • La défaite face à la Roumanie (nous avions échangé sur sofoot a propos de ce match, nocturne sous nos latitudes, le but beau du tournoi) ne fit qu’accroître mon goût pour l’Argentine.
      Défaite logique, mais d’un romantisme inouïe, face à Maradona devenu, pour la télévision, commentateur de sa propre absence.

      • Argentine-Roumanie… Je m’en souviens moi aussi comme si c’était hier… Quel match !!!

        J’ai du le revoir une dizaine de fois fois dans la foulée: cette énergie, ce don de soi, cette fureur qui se dégageait des vingt deux joueurs sous le cagnard yankee, tout simplement mythique !!!

        • Merveilleux match!, je vous rejoins.

          C’est le seul match que j’aie vu 3 fois dans la même soirée (ou nuit, plutôt)… Vélo puis foot dans la journée, passablement émêchés, quelque part dans les Hautes-Fagnes…puis, rentrés au chalet, ce match m’avait tenu éveillé jusqu’à l’aurore ; je m’en avalai 3 (re)diffusions d’affilée… Inoubliable.

        • C’est dingue, j’aurais pu écrire la même chose. Apparemment je n’étais pas le seul à faire ce genre de chose…. LE magnéto était de tout manière en permanence prêt a l’enregistrement. Je m’assurais toujours d’avoir une cassette VHS d’heures vierges.

          Plaisirs inconnus de la génération YouTube qui ne connaissent les matchs non vus en live que sous forme de résumé de 3 minutes à 5 minutes…

    • Messi? Dans mon esprit c’est comme Cruyff, je regrette qu’on ne lui (leur) ait foutu la paix, les laisser être eux-mêmes…

      Le jeune Cruyff fut opéré par Ajax à la plante d’un pied… Messi (aucune preuve, mais je pense que Cruyff aussi) fut soumis au traitement qu’on sait… Ce n’est pas que culturellement qu’on les a « trafiqués » ; et à bien des égards ça me paraît criminel, voici même à quoi ça me fait penser :

      http://www.village-ginkgo.com/wp-content/uploads/2014/09/Bonsai-BD-id%C3%A9e-noire.jpg

  3. ( avancer à la 2e minute même si le 1er but mérite le coup d’oeil… peut également se tenter avec les commentaires français trouvables sur youtube..) : https://www.youtube.com/watch?v=T9D4CyrAZiQ Une facette souvent oublié du Libérien… redoutable dans les petits espaces.. ( 1er but) : https://www.youtube.com/watch?v=YFeHvGACBio

    Je me contente de deux liens pour que le message ne saute pas…

    Okocha ? Beau joueur mais j’ai l’impression tout de même qu’on en fait trop avec lui… Technique redoutable certes mais une carrière un peu en dent de scie… Il devient une icône un peu facile quand on ne gratte pas assez suffisamment le foot africain. Cependant ce n’était pas un manchot du coup si on apprécie particulièrement ce jeu en mouvement… Quelques très beaux buts cela dit…
    Cristiano première époque avec un jeu déstabilisant… Pas un immense fan mais il y avait quelque chose. Ensuite la transformation…

    En parlant de chaos il y a bien l’allemand Littbarski… On lui a tellement donné de produits que selon lui il a failli en crever… Dribbles d’une pureté assez dantesques… Comme quoi la vieille Europe peut également produire quelques solistes..

    Commentaire un peu désordonné je m’en excuse mais je vais revenir. Cependant Maradona (et quitte à froisser un peu l’auditoire) souvent célébré comme étant un dieu amérindien de la technique pure eh bien je m’interroge : incapable d’utiliser son pied droit… c’est problématique non ? Théoriquement un véritable magicien se doit d’utiliser tout son corps ?

    Mais c’est un article intéressant. La part de folie un peu primitive , un peu « habitée » . La part du génie vis-à-vis du mécanisme un peu rouillé…

    Un Magico Gonzalez est un peu dans ce cas : irrégulier et adoré par Maradona… quelques buts de très grande classe contre les gros d’Espagne…

    Il serait judicieux de débattre sur une notion assez polémique : le génie se doit d’être particulièrement « sobre » ( dans le fait de contenir sa technique et de ne l’exploiter qu’en dernier recours ) par exemple un Pelé qui a adopté tous les gestes possibles et inimaginables sans pour autant en jouer ou bien être un génie plus « démonstratif » à la Maradona ( souvent déifié pour quelques uns de ses particularismes ) un peu truqueur , un peu escroc ( cachant certaines déficiences du jeu par un génie qui déborde…)

    En espérant ne pas créer de polémique inutile… :0)

        • Je vais tout de même réagir sur un point de ton commentaire : Littbarski était cité dans le texte initial ;o) (mais j’ai retranché, retranché… et au départ ce n’était encore qu’un 1/7ème du bazar, lol…)

          • Je suis allé relire ton commentaire caché ;o)

            Littbarski, donc… J’en suis grand fan… Dopé jusqu’à la moëlle? Certes, et d’ailleurs : il déclara avoir subi (!) la chose, s’en plaignit…

            Il y eut, aussi, un autre aspect du football technocratique qu’il critiqua publiquement : l’approche martiale de Michels, durant ses années à Cologne… Littbarski (et il était loin d’être le seul…) haïssait (sic) ce type qui leur faisait cracher les poumons, et tendait à les corseter dans l’expression personnelle du jeu (en ce-compris : jeu tant individuel que collectif).

            Toutes choses qui m’inclinent à penser que, même psychiquement : Littbarski n’était pas de cette école, de cette approche.

            Maradona l’unijambiste? Il y en eut d’autres, beaucoup d’autres… Je distingue deux points : la maîtrise technique d’une part (qu’elle soit académique…ou plus individuellement stylée, une signature), et l’inspiration de l’autre…

            Je ne proposerai pas de réponse tranchée ; le sujet est complexe et, à dire vrai, j’espère qu’il restera largement sans réponse (même si les sciences de la nature tendent à avoir la prétention de pouvoir l’expliquer)…mais pour ma part?

            Je pense que chacun d’entre nous est capable de coups de génie, de ces éclairs foudroyants… Mais je pense aussi que d’aucuns en produisent plus régulièrement, du fait à mon avis d’une psychologie (et parfois d’une morphologie) propres. Je crois enfin dans l’acte de génie perçu comme un acte de sublimation ; un mode par lequel s’affranchir des contraintes, des tares, de la détresse parfois (suicides et dépression semblent – études diverses – statistiquement BEAUCOUP plus réguliers chez les grands créatifs, quoique davantage en littérature qu’en peinture)…

            Chez certains, la difformité aura agi comme un aiguillon, pour la technique comme pour l’inspiration, Cf. tant d’écrivains, de peintres…et de footballeurs assurément, Cf. Garrincha…

            En Occident, quel rapport entretient-on avec l’anomalie, ce qui est différent? On le rectifie, le fait rentrer dans le moule ingénériste… Cf. la rectification radicale du (ou des? je ne sais plus) pied(s) de Cruyff à ses débuts, les hormones de croissance pour Messi…

            Je l’ai déjà proposé jadis : c’est par ses « aliens », ses « divergents », ses borderlines parfois (voire souvent), que l’humanité avance, créée, innove… S’il n’y avait de personnalités de cette trempe, qui se démarquent, prennent la tangente, un lointain ancêtre qui s’approcha du feu tiens (et qui, j’imagine, passa sur le coup pour fou furieux auprès des siens!), s’il n’y avait chez certains cette part de déraison parfois : où en serions-nous aujourd’hui? (et, question concomittante : où nous conduit, parmi tant d’autres champs culturels en voie prononcée d’assèchement, ce morne football standardisé désormais?)

            • Il y a aussi une idée-force, à travers les âges (au moins dès Socrate, et qui persista parmi les chamanismes) et qui d’une certaine manière me séduit : celle d’individus de génie car possédés par une source d’inspiration supérieure (que chacun y mette ce qu’il veut), et qui les transcende…comme si, soudain, le ciel s’adressait à eux…et eux de devenir des sortes d’intermédiaires.

              Le très croyant Swedenborg disait n’être que le « secrétaire » de Dieu…

              Maradona et la « main de Dieu »…

              A noter que cette approche, quoiqu’en faisant désormais l’économie du religieux, est aujourd’hui comme réhabilitée dans certains travaux.

              • ( je viens de voir le deuxième commentaire)

                Oui je vois ce que tu veux dire. Par exemple le cas Weah. Il avait du talent. Ce n’était pas un buteur prolifique. Il jouait parfois un peu trop à l’économie. Il était connu pour ses quelques coups de génie.

                Son ballon d’or est peut-être un peu too much ( si on considère les critères d’obtention ) mais sa saison 94/95 en C1… sa première saison au Milan ( en championnat)…. le but contre le Bayern… On dira ce que l’on voudra de Wenger mais sur ce coup là il avait décelé un truc que personne n’avait vu… pour le coup il était habité…

                Duluc ( dans l’un de ses rares moments de lucidité) avait écrit un truc à propos de la comparaison Maradona-Pelé ( cela date d’une dizaine d’année il a sans doute reculé depuis…pas bon de parler en bien du brésilien en ce moment..) : en gros : Pelé vient de dieu , Maradona du diable ( je n’ai plus le propos en tête mais il était très sévère avec l’argentin).

                Bon je crois qu’il a changé d’avis car il a réalisé un hors série sur l’argentin ( pas lu) mais d’après les échos que j’ai , il en fait une sorte de perfection footballlistique….

                • C’est pas faux mais j’ajoute un petit bémol : il y avait beaucoup d’insouciance chez le Pelé de 58 et d’avant : il s’amusait sur le terrain. Il suffit de voir sa bouille d’adolescent et son exultation enfantine… Rien à voir avec un Cristiano par exemple qui lui semble vouloir prouver des trucs…

                  Mon propos s’apparentait surtout à la notion de « génie ». Défi ? Je ne sais pas. Pas forcément d’accord mais je comprends l’idée.

                  Pelé c’est un type à analyser en profondeur : lui et l’argentin ont été exploités par différentes formes du marché ( criminelle , légale , étatique) mais je crois quand même que le brésilien avait le coffre pour tenir car les tournées étaient inhumaines ainsi que la pression politique… pas sûr que Maradona aurait pu suivre à cette époque là… paradoxalement c’est la simplicité apparente de Pelé qui l’a sauvé…

            • ( HS j’en profite pour dire que je je suis tombé sut un bon article belge : http://www.lesoir.be/archive/recup%3A%252Fgeorge-weah-l-agent-double-des-demi-finales_t-19950405-Z09CLE.html Il vaut quoi Serge Trimpont et de fil en aiguille Roger Milutin ? De loin cela semble quand même assez minutieux… une presse moins médiocre qu’à l’accoutumée)

              Je pense qu’en football il y a des approches antagonistes bien que parfois complémentaires. Le mensonge repose sur la volonté de dompter le génie pour le mettre au service d’un « collectif » ( ici pas le groupe mais le « système »). C’est ce que , je crois , voulait faire le fameux néerlandais. Mine de rien c’est peut-être le signe de la providence pour Pelé d’être resté au Brésil par contrainte…indépendamment du niveau de jeu on peut se demander ce qui se serait passé… quand on voit la triste fin de l’argentin en comparaison…

              Sur un plan plus global que la sphère « football » je vais avoir un peu plus de mal à trancher : la fonction de l’artiste ( je crois) a toujours été une nécessité sociale. Elle suppose l’acquisition préalable de qualités propres. Par conséquent le génie en art me semble être très très limité en nombre. Il faut un particularisme et surtout une avance réelle sur son temps. Avis élitiste ? Peut-être ( sans doute que je me trompe) mais dans le champ littéraire , plus que le style d’écriture , il faut avoir un rendement plus « spirituel »… Le Goulag de Soljenitsyne est en ce sens inhumain : des qualités extraordinaires mais un voyage trop sombre pour moi ( mais passage obligatoire pour comprendre l’aspect ethnologique de la chose )

              Je préfère en revenir au football…

              Tu parles de rectification occidentale et oui je te suis.. ( voir avis plus loin sur la Chance de Pelé d’être resté au Brésil..). C’est sans doute un été d’esprit récent ( je dois dire une bêtise n’étant pas expert de la question) mais cette volonté de mettre dans des moules est à double tranchant…

              ( commentaire désordonné encore une fois..) Je tente une petite comparaison : Pelé est à mon sens un génie adulte. Même dans sa jeunesse il conciliait technique et efficacité (est-ce un mal technocratique pour les puristes du tout spirituel ?) tout en étant d’une sobriété surnaturelle ( des gris gris certes mais pas à la Ronaldinho). Maradona lui je le classe un peu dans la catégorie du génie enfant/adolescent : capricieux , voulant faire de l’esbroufe , génie contrarié , blasphémateur ,suicidaire mais ayant des lacunes… Il ne faut pas trop le dire mais si on est honnête avec soi-même on trouve… de fait pratiques à risques , consommation de produits illicites… Paradoxalement la venue en Europe l’a rendu Adulte le temps d’un retour aux sources lors de la WC 86 : bien qu’ayant l’aspect du vilain garnement ( il le payera plus tard) , il aura réalisé son oeuvre majeure contre l’Angleterre avec son raid solitaire…

              Pour le reste : je pense qu’il y a , même à l’intérieur du monde des « génies » des hiérarchies ( on est libre de me suive ou pas) . En revanche la perversité du football actuel indique que le génie de 2017 se doit d’être avant tout un « technicien » ( rapport à la technique industrielle) et surtout pas un joueur ayant de la technique ( qui est fortement tolérée et toujours plébiscitée par les idéologues bien que désormais soumise à l’ordre technocratique).

              • Trimpont? C’est le petit-fils d’…Eugène Steppé ;o)

                Il est avant tout agent de joueurs, spécialiste de l’Afrique…et a priori loin d’être l’un des pires.

                Son club de prédilection, en Belgique : Anderlecht. Il avait une académie en Afrique de l’Ouest – CIV??

                J’ouvre à l’instant ton lien, 1995 donc……… J’allais précisément te dire que les pages sportives du Soir, dans les 90’s : excellente tenue encore!……………………mais désormais, mon dieu…

                Pelé en Europe? A Feyenoord ç’eût pu être sympa… L’âge fait beaucoup aussi ; dans les 70’s, Pelé était un joueur accompli, mûr, sacré même (et donc intangible?)……….. On peut terranover un Messi pré-pubère…mais un Pelé auréolé déjà de 2-3 WC??

                Ton com n’a rien de désordonné, il me semble en tout cas le suivre en tout (et, plus accessoirement : le partager sur l’essentiel). Mais précision, quitte à faire mon diegophile (je le suis) : c’est en Europe que Maradona découvrit les substances illicites (la cocaïne du moins).

    • Et je l’ai citée de tête! ;o) (je sais que Borges méprisait le football, ou peut-être ses instrumentalisations sous Peron surtout, mais bon…)

      Ca me fait penser… Quand l’Argentine remporta la WC78, je crois qu’il donnait, dans l’indifférence absolue, une lecture à la bibliothèque de Buenos Aires ; c’était son acte militant… :o)

  4. Première remarque : l’idée directrice de ton poème n’est pas sans me rappeler le bien joli roman de Michel Tournier, Vendredi ou les limbes du Pacifique, publié en 1967.

    Ensuite : je n’ai jamais rien lu de Soyinka (de Borges non plus, d’ailleurs : suis un authentique Européen moi !). Pourtant un négro-africain avec un prix Nobel, c’est suffisamment rare pour susciter mon intérêt. D’où cette citation sort-elle ? Elle n’est pas sans me rappeler certaines conclusions d’Olivier Roy, notamment dans La sainte ignorance, sur la déconnexion entre le religieux et la culture, sur la déterritorialisation, la déculturation des religions, phénomènes engendrés par la mondialisation et qui les conduisent progressivement à secréter du sectarisme, du fanatisme et de la violence. Et puis, pendant que j’y pense, cela me remet aussi en mémoire un gros bouquin que j’ai lu il y a quelques années et que j’ai récemment retrouvé chez Mollat à Bordeaux : La naissance du monde moderne de Christopher Bayly. Une histoire globale du XIXe siècle avec d’intéressantes perspectives sur la façon dont le modèle occidental devient la norme mondiale : temps mesuré, costume pour les messieurs, etc. Faudra que je le relise !

    Merci de citer ce grand malade de Platon, surtout Le banquet qui est sans doute son plus beau dialogue. Quoique, ce cher Phédon ou cette barrée République…

    Au fait, attention ! tu utilises souvent le terme « nègre ». Tu risques d’avoir des problèmes avec Césaire et Senghor…

    Lis-je correctement ? L’art « occidental » mièvre depuis le classicisme antique ? Mièvre, ça veut bien dire fadasse ? Fra Angelico est fadasse ? Cy Twombly ? Tom Waits ? Dvorak ? Mozart ? Cendrars ? Baudelaire ? Dostoïevski ? Mon cœur saigne… Il y a là plus qu’une simple mécanique, il y a de l’inspiration.

    Picasso était un bourreau de travail. Nelson ? C’est le type qui nous a flanqué une pilasse à Trafalgar ? Alexandre… Où s’arrête le mythe et où commence l’histoire avec ce bonhomme ?

    Un très beau texte, merci de ton partage.

    • Commentaires toujours aussi riches, et desquels j’apprends à chaque fois, merci! (tu me manquais :o) )

      Mes quelques figures citées sont discutables, ok avec ça bien sûr.

      Baudelaire, Waits, Dostoïevski, Mozart… Des marginaux, des originaux, des excentriques… Sont-ils vraiment représentatifs de ce qu’est devenu l’Occident, de ses lignes-force?

      Le coup de Trafalgar, Nelson : c’était aussi brillant que couillu…voire peu fairplay.

      Le Roi de Macédoine? Une démystification s’impose très certainement, en effet!

      Soyinka? Je ne me rappelle pas de la source ; texte écrit tandis que je lisais surtout des écrivains négro-américains et africains, au Congo… Parmi un entretien qu’il accorda, peut-être? (et plus précisément à un auteur argentin?? je te retrouve ça)

      • Nelson, peu fair-play ? C’est peu de le dire mais, de manière générale, ce peuple est peu fair-play. Les Anglais se vantent d’être fair-play dans le sport, c’est peut-être vrai. Mais pour le reste : le beau Henri qui dragouille la belle Aliénor alors qu’elle est mariée avec notre roi, les arcs de Crécy et d’Azincourt (et la chevalerie, bordel !?), Marchand chassé de Fachoda… D’ailleurs, ne disent-ils pas : « all is fair in love and war » ?

        • « Sont-ils vraiment représentatifs de ce qu’est devenu l’Occident, de ses lignes-force? » ASSUREMENT NON !!! La preuve par Cendrars : le bonhomme n’a jamais reçu le moindre petit prix littéraire de son vivant ! Après sa mort, je crois que le ministère de la Culture français a voulu lui refiler un truc que ses descendants se sont empressé de refuser. Et pourtant il y a dans Moravagine, L’or, L’homme foudroyé (oh ! mon Dieu, quel roman), quelque chose qui dépasse toute la littérature francophone du XIXe siècle et du premier XXe. Peut-être seulement chez Le Rouge, que Cendras admirait, trouve-t-on une énergie comparable.

          Au fait, Cendrars était passionné d’Afrique (où il ne mit évidemment jamais les pieds : il voyageait par l’imagination) et consacra de nombreux livres à la littérature négro-africaine : Anthologie nègre, Petits contes nègres pour les enfants des Blancs, Comment les Blancs sont d’anciens Noirs…

        • En football, je les trouve encore assez fairplay…et je crois, sincèrement, que ce n’est pas qu’une façade.

          Quant au reste, en effet……………….. :o)
          En certaines de ces occasions aussi, il faut le dire : la France fut un brin « pédante » (façon de parler) peut-être! – c’est en tout cas ce que m’inspirent les récits faits d’Azincourt, de Trafalgar…les Eperons d’Or aussi…

          • Pédante, notre noblesse ? Certainement, nous disposions alors (de Bouvines à Crécy) de la meilleure armée d’Europe occidentale. Mais nous avions le mérite de combattre avec honneur, selon les bonnes règles de chevalerie et de courtoisie. C’est tout de même autre chose que ces coupe-jarrets de Flamands ou ces maudits archers gallois, habiles manieurs d’armes diaboliques et déshonorantes. Toute cette vile piétaille !

            Remarque : cette pédanterie militaire, cette confiance excessive, fut aussi une des causes de notre cuisant échec en 1940… L’histoire se répéterait-elle ?

    • Poème? Oui, peut-être bien…pourquoi pas en effet?, merci!

      Ce qui est certain : je voulais m’essayer à cette « pensée lyrique » (Cf. citation de Chargaff) ; être dans le ton comme toi jadis (c’était mon avis :o) ), quand tu traitais du sport de la Belle-Epoque.

  5. Pensée matinale : cette saisie de l’opportunité, qui pourrait être une brève définition de ce kairos antique, rejoint pour partie le carpe diem d’Horace. Nul calcul, mais de l’audace. N’y a-t-il pas chez Duckadam, totalement décomplexé et décontracté face aux tireurs barcelonais, de l’audace ? N’y a-t-il pas chez ce héros moustachu, non un suprême mépris du danger et de la mort, mais un suprême mépris de l’enjeu, une insouciance ? Alors que les Barcelonais furent sans doute écrasés par l’enjeu et par la peur de l’échec. N’y a-t-il pas aussi de l’audace chez Pelé tentant un lob du milieu de terrain contre la Tchécoslovaquie (Mondial 62, il me semble) ? Rien n’est calculé, rien n’est prévu, tout est dans l’imprévisibilité. Et, en plus de l’audace, ne faut-il pas, pour que l’inspiration soit complète, une indubitable part de chance ? N’y en a-t-il pas chez Duckadam quand, après son audace sur les deux premiers tirs barcelonais, il recueille les minables tirs des troisième et quatrième tireurs ? Baraka, dit-on souvent, lorsqu’un joueur bénéficie d’une réussite qui semble surhumaine : n’est-ce pas là ultime reconnaissance de l’inspiration ?

    Et puisque tu évoquais le génie d’Alexandre, où chance et audace se conjuguèrent indubitablement, il me plaît à rappeler ici le génie de Cortés et Pizarro. Audace incroyable : le sabordage des vaisseaux à Vera Cruz, l’entrée dans Tenochtitlan malgré les avertissements des Totonaques et des Tlaxcaltèques, la saisie d’Atahualpa à Cajamarca… Chance tout aussi extraordinaire : la Malinche, l’alliance avec les Tlaxcaltèques, la prophétie du retour de Quetzalcoatl, l’épidémie de variole, la guerre civile entre Atahualpa et Huascar… Mais il fallait oser cette audace et saisir cette chance : n’est-ce pas cela, au moins pour partie, le kairos ? Dommage que, au contraire d’Alexandre, ils furent incapables d’une vision politique et se contentèrent, après la conquête, de chercher vains honneurs et richesses sanglantes !

    • L’audace, la chance et… la ruse ! Ne participe-t-elle pas elle aussi du génie, de l’inspiration ?

      Je pense à cela en relisant Bernal Diaz (ben oui, je viens de parler de Cortés, donc cela m’a donné envie de me replonger dans Bernal Diaz…). Je viens de lire le passage où Cortés abuse les caciques de Tabasco en leur faisant croire que les chevaux et les canons sont des monstres conscients vachement en colère contre les Indiens !

      Cela me remet en mémoire un vieux bouquin (années 70, il me semble) de Détienne et Vernant sur la métis des Grecs : j’ai lu ça il y a quelques années et je dois l’avoir quelque part, ou sinon je le prendrai à la merdiathèque.

      La ruse en sport et dans les jeux, c’est aussi la feinte, le bluff…

      • L’audace? C’est du bon sens : le mec qui reste dans les clous est condamné à la reproduction, et donc… Quel génie y aurait-il? J’ajouterais qu’affronter le sens commun, le culturellement-correct, ce qui est établi, requiert de l’audace aussi, si pas de la témérité… C’est peut-être un sacerdoce?

        Cependant, je crois que beaucoup (pas tous, donc) n’ont pas le choix, qu’ils fonctionnent par une espèce de compulsion… L’obsession, aussi, a été épinglée par certains spécialistes (je n’aime pas cette appellation, mais bon) de la question du génie ; l’idée étant que ces personnes exceptionnelles se focalisent sur un point et, le surdéveloppant, le poussent au-delà de ses retranchements…

        • Très intéressant tout cela. Tellement intéressant que tu vas devoir tolérer commentaire peu amène (et même carrément vulgaire) : quelles sont tes sources ?
          Pardonne-moi, mais j’ai besoin d’en savoir plus. Un (très joli) poème ne me suffit pas.
          Obsession, audace, génie et tutti quanti, j’veux aller au-delà. J’ai, en préparation, texte sur Pierre Chayriguès (oui ! encore… à partir de ses « mémoires » dans Match), texte sur Violette Morris (celui qui me pique ce sujet, je lui perce les tympans !), texte sur les Concours de 1900 (déjà proposé ! trop tard, les envieux…), d’autres que je conserve (secret d’Etat). J’dois préparer l’agrégation et les cours pour ses lumineux gamins, corriger leurs copies (à défaut de changer leurs couches-culottes), j’dois encore poursuivre et continuer mes lectures et re-lectures sur la conquête du Nouveau Monde et que sais-je encore !
          Bref, mais un peu de « génialologie » (ça existe, ça ???) ne me ferait pas de mal…

          • Oulah, les sources… Ca date…

            De tête, ma première lecture sur la question fut « Le génie et la folie », d’un certain Brenot…Philippe?? Ca brasse large et me paraît honnête mais, attention : sans le moins du monde rejeter d’autres pistes, il s’y focalise surtout sur une thèse de départ (celle du génie « clinique », disons).

            Pour les besoins de cette série et à partir des pistes/sources suggérées par Brenot, j’avais été (re)lire Platon, Aristote, Plutarque… Plus proches : Didier Anzieu (« Le corps de l’œuvre »), Koestler (« Le cri d’Archimède »), Jamison, Beaudot (« La créativité »), De Bono (« La pensée latérale »)…

            Le livre de Brenot, rétrospectivement, me paraît être celui qui embrassait le plus large, et faisait le plus œuvre de vulgarisation.

            Y associer l’idée du Kairos? C’est de moi, faites-en ce que vous voulez :o)

            Aux antipodes de la créativité pure, j’ai fait la découverte aussi du « Prométhée enchaîné » d’Eschyle – texte que je reprenais dans la dernière partie de cette série, pour deviser du technocratisme en football.

  6. Lu sur lequipe.fr : « Alexandre Lacazette entre dans l’histoire d’Arsenal contre West Bromwich […] Alexandre Lacazette ne pouvait pas rêver meilleurs débuts à Arsenal. Titulaire face à West Bromwich lundi, en clôture de la sixième journée, l’international français est entré dans l’histoire en devenant le premier joueur des Gunners depuis Brian Marwood (1988) à marquer lors de chacune de ses trois premières apparitions devant son public. »

    Grandiose ! Prochaine étape : le premier joueur à marquer de la couille gauche depuis l’extérieur de la surface de réparation ; le premier joueur à marquer moins de 10 minutes après avoir pris un carton jaune ; le premier joueur à marquer de la tête après un centre du pied gauche suite à une remise de la poitrine…

    Ah ! cette course frénétique aux « records » est d’un risible… En tout cas, elle est bien rigolote !

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