C’est quoi un club oligarque ?

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Pour ceux qui me connaissent depuis un certain temps, j’ai été le tout premier à employer le terme d’oligarchie pour désigner le statut de certains clubs européens, il y a une dizaine d’années. Je rassure mon auditoire, je ne vais pas employer l’outil juridique pour réclamer cette paternité, j’ai autre chose à faire, mais il se trouve que le terme d’oligarchie a été employé par certains professionnels de la presse ses derniers temps, ils ont manifestement un problème avec ce sujet.

http://www.cahiersdufootball.net/article-chelsea-nouvelle-oligarchie-lampard-drogba-4490
http://latta.blog.lemonde.fr/2015/11/06/lenrichissement-du-football-enrichit-surtout-les-

Il est donc temps d’aller plus loin dans la connaissance et d’établir à quand remonte le processus. Qui a fait naitre cette constitution de clubs oligarques, qui en sont les instigateurs et le but à atteindre.

Le stade de San Siro se vide laissant les joueurs du Real Madrid célébrer la remise du trophée. Le Real Madrid a été sacré champion d’Europe pour la 11e fois de son histoire après son succès contre l’Atlético de Madrid (1-1, 5-3 aux t.a.b.). Alors que l’Europe du football attendait une victoire de l’Atletico, le club des matelassiers s’est incliné lors de la séance des tirs au but. L’arbitrage de la rencontre fut une fois de plus décisif, un but hors-jeu en faveur du Real Madrid et deux cartons rouges concernant Ramos et Pepe non sortie. Ça fait beaucoup pour une finale, trop même. Ce résultat s’explique par le statut du club meringue, c’est un club qui appartient à l’oligarchie du football européen.

Oligarchie- institutionnelle et de fait.

Le terme d’oligarchie vient du grec olígos -petit – peu nombreux. Il existe deux types d’oligarchie, institutionnelle et de fait. Les oligarchies institutionnelles sont les régimes politiques dont les constitutions et les lois ne réservent le pouvoir qu’à une minorité de citoyens. Les clubs de la Juventus de Turin de Milan de l’Inter Milan de Manchester United d’Anderlecht et de l’Ajax Amsterdam sont des oligarchies institutionnelles, Les oligarchies de fait sont les sociétés dont le gouvernement est constitutionnellement et démocratiquement ouvert à tous les citoyens, mais où en fait ce pouvoir est confisqué par une petite partie de ceux-ci, le Bayern Munich, le FC Barcelone et le Real Madrid sont des oligarchies de fait.

Naissance de l’oligarchie

Comme toujours se type d’histoires concernant le football, il n’existe aucune preuve, aucun écrit, aucun échange enregistré, il est donc impossible de savoir à quel moment prend forme la genèse de ce système antidémocratique au sein du football européen, mais nous pouvons toujours avancer…

En 1956, L’UEFA reprend en main le projet de l’Équipe au sujet de l’organisation d’une coupe d’Europe des clubs champions. L’UEFA est alors présidée par le danois Ebbe Schwartz. Le Suisse Gustav Wiederkehr prend la succession du danois, il décède en 1972 alors qu’il occupe la présidence de l’UEFA. Il est remplacé brièvement par le hongrois Barcs Sándor durant une année, puis l’italien Artemio Franchi est nommé en 1973, président de l’Union européenne de football. Cet homme de l’ombre  travaille pour le club de la Fiorentina durant quelques années. Il rejoint la federcalcio, remplace Joseph Pasquale à la présidence de la FIGC en 1967 et intègre les instances européennes.

1973, lors de la finale de la Coupe d’Europe des clubs champions qui se dispute à Belgrade entre les clubs de l’Ajax d’Amsterdam et la Juventus de Turin, Artemio Franchi invite Santiago Bernabéu pour une discussion en privée. Quand Bernabéu ressort de l’entrevu, il déclare à Jacques Ferran de France-football, “ eh bien me voilà, franchiste “. Cette boutade de l’inamovible président du Madrid a été plus d’une fois interprété. Certains pensent que Bernabéu faisait allusion à ses rapports compliqués avec le régime franquiste, pour d’autre, une façon de reconnaitre qu’il était proche du régime. La question est pourquoi cet entretien ? Quelle en fut la teneur ? Personne ne le sait. Il faut donc avancer.

Fin de règne

1973, le régime du caudillo tire à sa fin, l’Espagne n’est plus isolée sur la scène diplomatique. En matière de football, le club du Madrid, et ce malgré son palmarès et son aura demeure un brin à l’écart des instances européennes. Durant de longues années, les clubs espagnols et portugais sont mis à l’index du fait des régimes de Franco et Salazar par l’UEFA, bien que Bernabéu fut un membre influent et décisif dans le projet qui donne naissance à la coupe d’Europe des clubs champions. Seul le FC Barcelone dû à sa double diplomatie encouragé par le régime a investi l’organisme suisse. Il ne fait aucun doute que durant cette rencontre Franchi à proposer à Bernabéu d’intégrer une nouvelle structure dominante.

Plus tard, Artemio Franchi déclare à un journal italien qu’il faisait de son mieux pour que l’Espagne soit traitée au même titre que les autres nations du football européen à l’UEFA, il en va de même pour le Portugal, malgré l’hostilité du camp opposé qui regroupe les nations de l’Est, mais le football des nations n’est qu’un leurre, Franchi pense aux statuts des clubs.

Rien ne dit que Bernabéu ait accepté la proposition de Franchi, mais lors d’un quart de finale de C1 qui oppose le Madrid au club anglais de Derby County en 1976, le Madrid défait sur la marque de trois buts à un en Angleterre – après avoir marqué un but valable refusé pour un hors-jeu inexistant – effectue une remontada  aidée par un arbitrage à sens unique.

L’UEFA est désormais un outil de régulation dont la fonction est de servir sous couvert des nations, les intérêts de certains clubs de l’Ouest. Artemio Franchi comme l’ensemble des élites italiennes est converti à l’atlantisme, il est celui qui est à la base de cette première mouture d’un cercle restreint englobant quelques clubs de l’Europe de l’Ouest, les plus puissants sur le plan économique, clubs des capitales et des places financières. Le but est de faire la promotion et d’imposer le système capitaliste et les valeurs qui l’accompagnent au rideau de fer. Les clubs anglais ne font pas partie de cette organisation.

Essoufflement et renaissance

Cette oligarchie va peu à peu s’essouffler, les clubs qui composent cette organisation régressent, certains connaissent des fortunes diverses. Le processus est remis au gout du jour vers la fin des années 80’s par Silvio Berlusconi et Ramon Mendoza président respectif du Milan et du Madrid pour créer une ligue fermée en Europe. Ces nouvelles grandes manœuvres interviennent au moment de la dislocation graduelle du pacte de Varsovie. Le Ballon d’Or qui récompense le meilleur joueur européen est le premier symbole qui est récupéré par cette nouvelle oligarchie qui réunit les clubs issus de la toute première organisation. Igor Belanov est le dernier joueur évoluent à l’Est qui ce voit décerner cette récompense. Par la suite, seul Jean Pierre Papin, Matthias Sammer et Michael Owen obtiennent le Ballon d’Or sans que leur club fasse partie du système. La coupe d’Europe des clubs champions subit refonte sur refonte. La libéralisation du marché et l’arrêt Bosman additionnés au G14 aboutissent aux résultats escomptés par quelques clubs.

L’Atletico Madrid et l’oligarchie

Quand on ausculte l’histoire, les actifs le palmarès, la position géographique de l’Atletico Madrid, on se demande pourquoi ce club n’a pas intégré cette oligarchie constituée durant les années soixante-dix ? L’afición de l’Atletico Madrid est divers, l’ensemble des supporteurs est issu de la fonction publique et des masses populaires de droite et gauche sur le plan politique, ils soutiennent le club depuis ses débuts, mais l’Atletico a toujours été lié étroitement à la phalange par le biais de sa junte et ce jusqu’à Jesus Gil & Gil.

Cet identitarisme a peut-être été un frein pour que le club fasse partie un jour de cette structure de domination bien qu’il n’existe aucun fait qui atteste que Vicente Calderon président du club durant les années 70’s, ait été en pourparlers avec Franchi à ce sujet. Notons au passage que l’Atletico Madrid malgré sa proximité avec le pouvoir et la phalange ne fut pas un club fermé. Plusieurs joueurs étrangers noirs et métis, Larbi Ben Barek, Miguel Jones, Vava, Jorge Mendonça, Luis Pereira ont porté les couleurs du club durant de très longues années.

Défaite inévitable

L’Atletico Madrid aurait pu jouer dix fois cette finale, il aurait perdu et encore perdu. Cela n’a rien à voir avec la qualité des hommes de Diego Simeone, l’Atletico est une superbe équipe en tout point voir un brin sous-estimé sur certain détail, la défaite est du à la junte du club. Quand on est dirigeant d’un club tel que l’Atletico Madrid et qu’on a le malheur de se frapper en finale d’une C1 un club oligarque – le Real Madrid – on ne se présente pas aux yeux du monde en déclarant, « nous allons gagner en essayant d’être dans les règles, et respectueux de l’adversaire ». Non, car ce type d’adversaire se fout de l’équité sportive, il possède le pouvoir au sein de la vénérable Union Européenne de football. Quand on se trouve confronter à ce type de club qui vous fait la guerre, le tout dans votre dos, on prépare le terrain, déstabilisation, pression, refus des arbitres nommés par l’UEFA, etc etc…..

L’Atletico Madrid ne pouvait sortir vainqueur de cette confrontation malgré le fait d’avoir été proche du titre. L’adversaire du soir et son statut particulier était et reste un obstacle impossible à franchir dans le cas d’une finale de Champions League. C’est la tragique histoire du football de club en Europe depuis les années 90’s. Cette oligarchie, vieille relique de la guerre froide reluquée entièrement et dirigée par des personnages arrogants vaniteux et superficiels convertis aux caciques du mondialisme, continue son travail d’appauvrissement sur le plan culturel du football en Europe et mène une croisade tous azimuts contre les règles du jeu les plus élémentaires.

Yves Alvarez

Yves Alvarez