Ils ne connaissent pas Bielsa

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Article publié la première fois le  10/08/2015

Démission

La nouvelle est tombée brutalement par la voix du propre intéressé. Marcelo Bielsa suite à des divergences portant sur les modalités de son contrat à donner sa démission en tant qu’entraineur du club de l’olympique de Marseille à son président Vincent Labrune après la défaite subit par le club marseillais face au Stade Malherbe de Caen.

Médias acculturés

Certains pensent à l’image d’un magazine en vogue pour jeune consacré au football, et une tripotée de scribouilleurs officiants au sein de grande rédaction parisienne et provinciale, que le monde du football argentin se résume à un ensemble hétéroclite de personnages peu recommandable. Dirigeants véreux, entraîneur borderline, joueurs voyous, supporteurs affairistes et criminels, le tout associé à une certaine vulgarité. Cette vision méprisante réductrice et stigmatisante résulte d’une ignorance totale concernant le football argentin. Nous passerons aussi sur un livre consacré à Bielsa intitulé « Bielsa unchained » vu le contenu assez médiocre. Essayons donc de dépasser ce triste constat.

Canonisé

Il aura suffi de quelques mois pour que Marcelo Bielsa nouvel entraineur du club de l’Olympique de Marseille soit encensé par le public marseillais. C’est un fait rare qui mérite que l’on s’y attarde. Le coach argentin et son staff technique à apporter un professionnalisme qui faisait défaut au club olympien couplé à une doctrine de jeu, un élément de première importance peu rependu dans l’ensemble des clubs de l’hexagone. La presse à d’emblée jouer sur deux tendances, pris de vitesse par le public, elle a entendu la fin de l’exercice annuel pour descendre en flamme cet intrus. Il ne s’agit pas à travers cet article de faire une critique positive ou négative de Bielsa, mais de comprendre comment fonctionne ce technicien argentin et le plus important d’où vient son football. « Vous ne comprenez rien à mon travail ». Par cette phrase Bielsa pointe du doigt l’ignorance face à laquelle, il est confronté. Attention, l’entraineur argentin ne regrette pas cette absence de savoir chez ses interlocuteurs, presse et public confondu. Sous on air martial et renfermer, il étale son pathos, voir s’en amuse.

L’affaire Doria

Lors de ses premières semaines, le coach argentin s’est opposé radicalement au transfert de Doria un jeune joueur brésilien en provenance du club de Botafogo. La presse et le public pense que Bielsa à entamer un bras de fer avec sa direction, dont le coach argentin est sorti vainqueur suite au prêt de Doria au club de Sao Paulo. Malgré des résultats positifs, les médias se sont étonnés de la façon dont Bielsa à gérer cette situation, ainsi que certains supporteurs du club marseillais qui pensent que le défenseur brésilien méritait d’être aligné au moins une fois sur le terrain vu sa tenue irréprochable aux entrainements.

Rosarino

Bielsa voit le jour à Rosario, il est issu d’une famille aisée. Jeune adolescent, il fréquente le club de Newell’s, adulte, il se révèle être un joueur de piètre qualité. Peu découragé par sa courte aventure chez les professionnels, il reprend ses études, passe son diplôme de professeur en éducation physique et se tourne vers le coaching. Ses débuts ne laissent place à aucune équivoque, pour cet homme, le football est une question de discipline et le fait de suivre à la lettre une doctrine de jeu. Le football argentin est d’une grande complexité. Il est le produit d’une multitude d’expressions culturelles. Bielsa est un idéologue, il est issu d’une école de pensée proche du club de Newell’s. Ce courant provincial dont il est devenu la figure de proue prône un football qui se rapproche du style européen et se caractérise par certaines positions discutables. Cette école de pensée n’a jamais reconnu la prédominance et le positivisme apporter par le style Rioplatense malgré des résultats éloquents pour le football sud-américain, il l’ignore, il préfère enseigner les dogmes usités inculqués par les maîtres anglais puis modernisés et fluidifiés par leurs successeurs. Tout est mécanique et militarisé chez Bielsa, tout comme Messi le plus célèbre Rosarino de son temps. Le football de Rio de Janeiro s’apparente sur certains aspects à ses cousins de Montevideo et de Buenos Aires. Le style carioca a certes évolué en essayant de s’adapter au football actuel, mais on ne change pas une vie de croyance et des années de pratique. Aux yeux du très dogmatique Bielsa et peu importe le niveau général et le style de Doria, un joueur formé dans un club de Rio développe des attitudes en matière d’expression de compréhension et de perception du jeu, qui en font un élément inadapté pour évoluer dans la culture jeu prôné par le coach argentin. Il ne faut donc pas s’étonner de son refus à ne pas avoir voulu faire jouer le jeune brésilien en équipe première

Soutien et contrainte

Bielsa a d’emblée conquis le public marseillais suite à ses premières conférences de presse et ses résultats. En fin observateur, il a rapidement compris dans quel état de délitement le club se trouvait au niveau de la gestion de l’effectif avec des joueurs qui décidaient de la teneur des entraînements

En prononçant le mot de professionnalisme, il a capté les attentes d’un public frustré, par tous ses joueurs millionnaires fatigués, un public peu emballé avec l’ère Didier Deschamps et son football générique. Il ne faut pas voir en Marcello Bielsa, un manipulateur, mais un homme qui connaît les ressorts humains qui sont assortis à une réussite soudaine. Le coach argentin n’ignore pas aussi les contraintes associées au football moderne. En signant à l’Olympique de Marseille, il s’est engagé à tirer le meilleur parti de jeunes joueurs pour pouvoir faire grimper leur cote sur le marché des transferts, ce pacte moral passé avec la direction du club atteste du mode de fonctionnement d’un club de football professionnel dans l’hexagone. Acheter produire et vendre, le reste, on verra.

Réussite

Le coach argentin possède une approche du jeu radicale. Obsédé par la tactique et par le système de jeu de l’adversaire, il recherche aussi l’infantilisation des joueurs qu’il surprotège de façon excessive et la soumission entière de son effectif à sa doctrine générale en matière de jeu. Cela accouche d’une robotisation des joueurs, ce qui enclenche une mécanisation excessive du jeu, cela paye durant un certain temps, peu après la monotonie s’installe et laisse place en douceur à une déconstruction graduelle du jeu du à l’incapacité des joueurs à répéter continuellement les mêmes efforts ce qui se traduit par un manque de lucidité sur le plan défensif et dans la finition. Seul le mental des joueurs peut enrayer cet assèchement progressif du jeu.

Intérêt personnel et collectivisme

Au vu des dernières échéances, cette prise de conscience des joueurs ne s’est pas produite en totalité, cela tient à plusieurs paramètres. Le premier est que Bielsa dispose d’un effectif de faible niveau. Aucun joueur de l’effectif marseillais n’est un créatif, et encore moins réceptif aux concepts tactiques et au sacrifice, des notions élémentaires qui fondent la vision de jeu du coach argentin. Le demi-échec programmé de Bielsa à révéler les diverses mentalités qui taraude le monde du football français. La méthodologie de Bielsa est inapplicable en France, car elle est confrontée à un système qui repose sur la valeur d’échange. La pensée de Bielsa est le produit du collectivisme le plus abstrait .Les affairistes du football français refusent d’entendre parler de culture-jeu, car la valeur individuelle du joueur disparait dans un système collectiviste ce qui amoindrit sa cote sur le marché et produit un joueur presque intransférable Bielsa savait tout cela avant de venir à Marseille, mais l’homme aime la complexité. Marcelo Bielsa est venue en France pour observer et connaître le football français et voir jusqu’où, il pouvait pousser sa méthode dans un environnement hostile à tous les niveaux, maintenant, il sait, d’où sa démission pour de fausses raisons contractuelle. L’assimilation du football français faite, Bielsa peut rentrer chez lui.

Yves Alvarez