Le taekwondo, un art martial coréen à la conquête du monde.

Abdoulrazak Issoufou Alfaga (Niger) et Dmitriy Shokin (Ouzbekistan), demi-finale du tournoi olympique de Rio (2016).

Dans deux ans, à Tokyo, le karaté va devenir le troisième art martial d’origine est-asiatique à intégrer la compétition olympique après le judo (Tokyo 1964) et le taekwondo (Sydney 2000). Le karaté et le taekwondo sont aujourd’hui les deux arts martiaux qui comptent le plus de pratiquants au monde.

Le taekwondo, un art martial coréen.

Pendant l’occupation japonaise de la péninsule (1905-1945), les arts martiaux coréens sont interdits, bien qu’ils continuent d’être pratiqués en secret. Après la capitulation japonaise, de nombreuses écoles voient le jour pour la pratique et l’enseignement des arts martiaux. En partie sur l’initiative du pouvoir politique central sud-coréen, elles se réorganisent et commencent à unifier leurs disciplines au début des années 1950. En 1955, la discipline martiale commune prend le nom de taekwondo, proposé par le général Choi Hong Hi. Une Korea Taekwondo Association (KTA) est ainsi créée en 1959. Son objectif est de faciliter la pratique et d’organiser l’unification des arts martiaux coréens.

Cependant, en 1966, le général Choi Hong Hi se sépare de la KTA et fonde l’International Taekwon-Do Federation (ITF) qui est largement sous l’influence de la Corée du Nord. En réponse, les Sud-Coréens créent en 1973 deux nouvelles structures chargées d’organiser et de promouvoir le taekwondo : la World Taekwondo Federation (WTF) et le Kukkiwon.

Le taekwondo, un sport à la conquête du monde.

Sport national coréen, enjeu de rivalités entre les deux Corées pendant la guerre froide, le taekwondo bénéficie d’une véritable politique de promotion organisé par le gouvernement sud-coréen, lui assurant ainsi une diffusion à l’échelle de la planète. C’est donc à une véritable stratégie de soft power qu’on assiste : des équipes de démonstration parcourent l’Asie puis le reste du monde ; des maîtres sont envoyés dans des pays étrangers pour implanter et enseigner la discipline ; les premiers championnats du monde sont organisés à Séoul en 1973.

C’est dans ce cadre que Kim Young-Tae arrive en 1973 en Côte d’Ivoire. Il y forme des sportifs ivoiriens et favorisent l’ouverture de clubs. Dès 1975, les taekwondoïstes ivoiriens s’illustrent aux championnats du monde, en y obtenant deux médailles de bronze. En 1977, ils remportent une médaille de bronze et une médaille d’argent. En 1985, ils vont chercher trois médailles de bronze et une d’argent. Soutenu par le pouvoir politique central, le taekwondo est un sport majeur en Côte-d’Ivoire (35 000 licenciés, dont près d’un tiers de femmes, en 2017). Mais la Corée du Sud ne manque pas de soutenir la pratique du taekwondo dans le pays. Ainsi, en 2006, l’ambassadeur de Corée du Sud en Côte d’Ivoire a organisé le don d’équipements à la Fédération ivoirienne de taekwondo (FITKD) d’une valeur totale de 15 millions de francs CFA. La consécration est atteinte par le taekwondo ivoirien en 2016 et 2017 : à Rio, Cheick Cissé gagne la médaille d’or dans la catégorie des poids moyens, tandis qu’à Muju en Corée du Sud, Ruth Gbagbi devient championne du monde dans la catégorie des poids légers.

Aujourd’hui sport mondialisé, le taekwondo sud-coréen a intégré les Jeux olympiques en démonstration lors des jeux de Séoul avant de devenir pleinement discipline olympique à Sydney. Depuis, et jusqu’à l’introduction du karaté à Tokyo, il est le seul sport de combat olympique à autoriser des frappes du pied.

L’avenir du taekwondo est-il en Afrique subsaharienne ?

Que ce soit à Sydney ou à Rio, les Sud-Coréens ont toujours eu affaire à une concurrence féroce, preuve de la diffusion mondiale du taekwondo. Ainsi, en 2000, la Corée du Sud n’a glané que trois médailles d’or dans les huit catégories en compétition (quatre par sexe) et, en 2016, elle n’a remporté que deux titres olympiques sur huit possibilités.

Le même constat peut désormais être fait dans les championnats du monde. Jusqu’au milieu des années 2000, les Sud-Coréens étaient presque intouchables, écrasant le tableau des médailles et collectionnant les titres mondiaux. Or, si la Corée du Sud continue de mener le bal, son avance s’est largement amenuisé. Ainsi, depuis 2007, les Sud-Coréens n’ont jamais réussi à remporter plus de six médailles d’or alors qu’il y a seize catégories aux mondiaux (huit par sexe).

Les taekwondoïstes sud-coréens souffrent en effet de la concurrence des Iraniens, des Turcs, des Chinois, mais aussi, et de plus en plus, de celle des Africains subsahariens. Ainsi, outre la Côte d’Ivoire, le Mali, le Sénégal, le Niger ou le Gabon forment aussi d’excellents taekwondoïstes. Le Malien Daba Modibo Keïta fut double champion du monde en 2007 et 2009. Le Gabonais Anthony Obame a remporté une médaille d’argent aux Jeux olympiques de Londres avant de devenir champion du monde en 2013. Enfin, le géant nigérien Abdoulrazak Issoufou Alfaga (2 m 07 et 100 kilos !), champion d’Afrique à Brazzaville en 2015, vice-champion olympique à Rio en 2016, champion du monde à Muju en 2017, sera très attendu lors du tournoi olympique de Tokyo.

 

Nicolas

15 Comments

  1. Merci pour la preste publication. Ailleurs, nous causions de diffusion (parfois étrange) des sports et j’avais mentionné le taekwondo. Cela fait quelque temps que la réussite de cet art martial coréen me turlupine. J’avais réuni quelque documentation (vraiment 1 ou 2 trucs), que j’ai complété rapidement par quelques recherches opportunes sur internet. La question est à creuser, mais cela donne quelques jalons. En espérant que je n’ai pas trop écrit d’âneries…

    • Je ne connais pas grand-chose en taekwondo, bien que j’ai déjà vu quelques combats de taekwondoïstes français lors des olympiades : Pascal Gentil, Gwladys Epangue… La France n’est pas mauvaise en taekwondo !

  2. Merci pour cet article!

    Sport auquel je n’entends absolument…RIEN :o) A dire vrai, je ne savais même pas que c’était coréen… :o)

    Et alors, interrogation personnelle : ce général Choi Hong Hi était sud-coréen, (j’ai vérifié), et général donc (j’insiste : général!)…et cependant, dans les années qui suivent la Guerre de Corée : il fonde une fédération rebelle sous influence…nord-coréenne??

    C’est dingue, je ne comprends même pas que ce soit possible… Une explication? :o)

    Les arts martiaux en Afrique noire, ach…………… Un de mes plus beaux souvenirs de Kinshasa, c’était un dimanche matin à une terrasse… J’écris en sirotant un café bien noir, chez des Libanais, dans mon fort populaire quartier de Limete (« place commerciale »), avec vue directe et panoramique sur le terrain de basket, le terrain de foot, les danseurs/lutteurs de Capoeira aussi…

    Puis tout à coup : un mec coupe mon champ de vision depuis la gauche vers la droite… Détail rigolo : il courait, altier et superbe, en tenue de…judo!

    Puis aussitôt un deuxième (tenue de karateka!), puis dix, puis 30 (dont 2 avec leur masque et leur bâton de kendo!)… Bientôt 100, 300………………. Au final, j’ai bien dû voir passer, de la sorte et en 5 minutes, 500 pratiquants d’arts martiaux kinois : tous exhibant leurs tenues de combat, tous fiers comme des Artabans ; superbe!

    Je n’ai jamais eu le fin mot de ce bazar ; ils disparurent aussitôt… Où couraient-ils tous, ça…?

    Dans l’heure, c’est un chapiteau qui faisait son apparition sur le terrain de basket, pour des combats de catch « fétiche » (du catch mâtiné de magie noire, donc)…………….. Kinshasa :o)

    Le taekwondo, un agent de soft-power? Je n’en doute pas le moins du monde…et à l’instar, d’ailleurs, du brin vérolé football sud-coréen, de Moon aussi… Pour ces deux-là, en tout cas, la Ligue anti-communiste aura été aux premières loges.

    • Je te rassure, je n’y entends pas grand-chose non plus. Mais cette présence du taekwondo (et pas du karaté) aux JO m’a toujours intrigué ! Et, de manière générale, la diffusion mondiale de cet art martial. Donc j’avais effectué quelques menues recherches pour trouver des réponses à mes interrogations. Tout cela est encore à creuser, comme par exemple la question que tu soulèves.

      Les arts martiaux en Afrique noire ? Ils sont tous grands et musclés, non ?!?

      Merci pour le catch fétiche : j’ai peine à imaginer…

      • Ton sujet me paraît, en effet, bien plus complexe qu’on ne pourrait croire…et ton article me paraît d’autant déjà émérite!

        Le catch fétiche, ce truc si typiquement congolais (quoique décrié par là par les puristes)? Les images valent souvent tous les discours (bien que j’aie un papier en stock là-dessus), bref : Cf. ci-dessous le cliché d’un bon copain, Kris Pannecoucke (photographe free-lance, travaille çà et là pour Geo, on sirotait régulièrement des bières ensemble à midi…et surtout très chic type! – si tous les blancs des Tropiques pouvaient être comme lui…!) :

        https://pbs.twimg.com/media/DRrkY5TXcAIZq7_.jpg

        Dans le cas singulier de la RDC, j’ai déjà eu ouï-dire que le développement là-bas des arts martiaux tenait peut-être, en partie du moins, à certaine tradition de coopération culturelle et économique Congo-Chine, ère mobutiste… Ca n’explique pas tout, juste une clé de lecture parmi d’autres sans doute.

          • On s’éloigne du sujet, désolé…mais du catch congolais, j’avais à l’époque beaucoup apprécié cet article de Jeune Afrique, des plus réalistes et aboutis registre restitution de la si typée « ambiaaaance » de Kinshasa (on s’y croirait! ; c’est tout-à-fait ça) :

            http://www.jeuneafrique.com/187822/societe/soir-de-combat-kinshasa/

            Un seul bémol à mon avis, le cas Edingwe méritait d’être approfondi : figure fondamentale (et très complexe) de cet art populaire.

              • Ca l’est :o)

                Stetson? C’est assez courant en RDC, quoique spécialité surtout du Katanga dirais-je.

                Edingwe, père officiel du catch-fétiche, est décrié par les puristes. Jusqu’à lui, le catch congolais tenait à dire vrai autant du catch européen que de la parade, une sorte de Capoeira très élégante et fluide, plutôt sensuelle (j’ose le mot)…

                A compter de lui : du grand-guignol…………..

            • Ah ah ah génial !

              Oui, assez originale cette forte présence du taekwondo en Afrique occidentale, l’enseignement d’un seul athléte coréen a donc permis cette profusion ?

              En Syrie, les arts martiaux « soviétique » (sambo et systema principalement) sont trés populaire. Les gymnases et dojos n’enseignent quasiment que cela. Des tournois sont organisés quasiment chaque week-end dans toute les grandes villes du pays. C’est également les deux arts martiaux enseigné dans l’armée et les corps constituées de police. Mais cela vient directement des liens trés fort entre le pays et les Russo-communiste depuis 70 ans…

              Je sais aussi que l’Algérie et l’Egypte possédent d’excellentes écoles de lutte et de judo (grosse volonté et mainmise millitaire quasi totale dérriére…), avec d’excellents résultats au niveau continental et international.

      • J’ai découvert la K-pop cette année grâce à une élève de Terminale qui en est fan. Je parlais de soft power japonais et de l’immense J-pop (cours sur la puissance japonaise) et on en est venu à causer K-pop… Je lui ai promis d’écouter quelques chansons, mais le courage me manque encore !

  3. Aah chouette, un article sur un art martial, merci !

    Mais bon, pour être vraiment honnête avec toi mon cher Nico…: Je déteste le taekwondo !

    Je trouve même sa version olympique encore plus grotesque que le judo olympique, c’est dire !
    J’ai pas mal mater les JO de Rio, en particulier les sports de combats et, ouch…

    A chaque fois que je mattais un combat de taekwondo, j’avais l’impression de voir deux kangourous obése qui ne savaient rien faire d’autre que de sautiller statiquement en attendant de placer leurs coups de pieds (sans aucune espéce d’élègance, ni maitrise, ni finesse…) en vociférant des hurlements ridicule tout au long des combat (un peu comme les tenniswomen…)

    Bref, je comprend pourquoi les coréens se sont autant de fois fait dérouiller par les japs s’ils n’avaient que « ça » a opposer au judo, à l’aïkido et au jiu-jitsu nippon ! :p

    Bon, tréve de plaisanterie, ce que j’aimerais bien savoir, c’est la perception qu’on les coréens de l’olympisation de « leur » sport. Pour parler d’un cas que je connait mieux, à savoir le judo, je sais par exemple que depuis l’occidentalisation de cet art martial à des fins mercantile en 64, les japonais se sont de plus en plus tourner justement vers l’Aïkido, le kendo ou le jiu-jitsu, arts martiaux jugée par beaucoup las bas comme moins pervertie par l’Olympisme anglo-saxon, et donc ayant conservé un substrat plus « identitaire » (comprendre un postulat plus en phase avec l’esprit samouraï traditionnel et historique…).

    Et ainsi donc, le karaté s’olympisera à son tour pour 2020 ? Comment ils vont faire, les grands cerveaux du CIO pour unifier la demi vingtaine d’école différente sans tirer la couverture à certaines sans en brimer d’autres ? (sujet des plus brûlant au Japon d’ailleurs, le karaté étant toujours considéré comme un art martial de voyou, et jouissant d’une assez mauvaise réputation chez la majorité des japonais d’Hokkaido-Honshu-Kyushu…)Mon Dieu mon Dieu, je craint le pire…

    Et donc, pour 2024, qu’est ce qu’ils vont nous vampiriser encore, comme sport de combat ? La boxe française ? Ce serait tellement dommage pour cette boxe si gracieuse et esthétique (et purement marseillaise, Yves), brrr….

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