Mélancolie romaine

 

Durant les années quatre-vingt, le virage Sud du club de l’AS Roma est le symbole du mouvement ultra. Le CUCS, le commando ultra de la curva sud né de l’initiative de jeunes supporteurs pour unifier le virage Sud en 1977 est devenu en quelques années le groupe le plus réputé en Europe. Les Romains prennent exemple sur le groupe ultra granata du club de Torino, mais ils rajoutent une touche politique à leur entreprise. Le CUCS sous la férule de son jeune leader “Geppo“ grave dans le marbre les commandements ultra et déclare la guerre à ceux qui veulent imposer à terme le  “calcio moderno“, le football ultralibéral envers et contre tout. Les tifos romains font l’admiration de tous les supporteurs du vieux continent ou le phénomène ultra d’un type pharisien se repend en masse…

De nos jours, le virage Sud du stade olympique de Rome offre le même panorama à chaque rencontre. Il n’y a guère d’animation dans la curva, quelques drapeaux accrochées aux entrées du virage Sud, témoigne du passé, d’une époque révolue et perdue à jamais…

Le début de la fin

Été 1987, les dirigeants du club romain décident d’engager Lionello Manfredonia, ex-joueur de la Lazio et de la Juventus. Suite à cette annonce, les supporteurs se divisent sur la question de savoir si Manfredonia est digne de porter le maillot de la Roma. L’unité du virage vole en éclat au point ou quelques mois plus tard, une rixe éclate entre pro et anti Manfredonia…traduisez, entre ceux restés fidèle à l’idéal ultra et ceux qui l’ont trahit.

Milan, juin 1989. Le club du Milan réceptionne pour le compte de la trente et unième journée de championnat l’AS Roma. Comme chaque année un groupe de supporteurs du club romain fait le déplacement vers la grande métropole lombarde. Arrivée en gare de Milan, l’ensemble des fans se réunit et discute pour savoir où ils vont déjeuner. Parmi eux, quatre supporteurs romains décident de se séparer pour rejoindre directement le stade de San Siro. Certains membres du groupe leur déconseillent de s’aventurer hors de la tutelle de ses derniers, il y a de la tension entre les supporteurs des deux clubs, il vaut mieux rester ensemble. Les quatre amis décident de suivre leur idée première et se détachent de leur camarade tout en dissimulant leur écharpe sous leur veste et rejoignent San Siro.

L’arène milanaise est en travaux en vue du Mondial qui doit se dérouler douze mois plus tard. Alors qu’ils sont aux abords du stade, un homme les apostrophe et leur demande une cigarette. Les quatre amis sont trahis par leur accent romain. Quelque seconde plus tard, surgit derrière un mur, une trentaine de jeune et moins jeune supporteurs du Milan. Les quatre amis partent en courant, mais l’un d’eux Antonio dérape ou est victime d’un croche-pied. C’est trop tard, le malheureux n’a pas le temps de se relever, la trentaine de voyous se déchaine sur lui. Un détachement de carabiniers non loin de la scène arrive sur les lieux de l’agression. Les voyous détalent rapidement. Antonio semble pouvoir se relevé, mais il saigne et commence à suffoquer, il s’effondre dans les bras d’un carabinier qui tente de le réanimé en faisant du bouche à bouche et un massage cardiaque. Le jeune supporteur est  transporté à l’Hôpital San Carlo à bord d’une ambulance, mais  c’est trop tard, Antonio de Falchi  est mort, il était âgé de 19 ans.

La police fait son enquête et plusieurs personnes sont arrêtées. Le meneur est formellement reconnu par les témoins de la scène, il s’agit d’un membre du groupe “Brasato”, une cellule obscure qui vivote dans le virage nord-milanais entre les groupes reconnut “Fossa del Leoni” et “Brigate Rossonere”.

Les funérailles du jeune Antonio ont lieu le 7 juin 1989 à l’Église de San Giovanni Leonardi, à Torre Maura, en présence d’une dizaine de milliers de personnes et la totalité du club romain, joueur et dirigeant.

L’autopsie du corps d’Antonio révèle que le décès aurait été causé par un infarctus, les médecins légistes sont incapables d’établir avec exactitude si les coups portés envers le jeune Antonio ont entrainé la mort, car il souffrait d’une légère malformation du cœur. Une chose est certaine, le jeune romain a été agressé sauvagement par une trentaine de voyous, outre les coups violents, la peur a aussi contribuer à tué le jeune Antonio.

Antonio était un brave jeune homme, il était fier du maillot que lui avait offert Sebastiano Nela emblématique latéral droit de la Roma. Étudiant, il avait commencé à travailler comme serrurier, il pouvait suivre sa « fiancée éternelle » à l’extérieur et Milan constituait une étape incontournable.

Les trois prévenus sont rapidement jugés. Le procureur Pietro Forno demande une peine de huit ans d’emprisonnement envers le meneur de la bande  âgée de vint-neuf ans et facteur dans le civil. Il est condamné à sept ans de prison et cinquante millions de lires de dommages et intérêts, mais  il bénéficie d’une remise en liberté immédiate et peut reprendre son métier de postier, quant aux deux autres accusées, ils sont acquittés du fait d’un manque de preuve. Le verdict plonge la famille du jeune Antonio dans le désarroi.

Le temps est à l’orage, le virage Sud est incapable de se ressouder après ce drame, les divisions sont multiples. Le mouvement ultra se décompose inéluctablement face aux attaques incessantes qu’il subit, la mise au pas des tribunes à été décrétée en haut lieux. Le virage Sud vacille, infiltré et miné par des groupes d’extrême droite, des pickpockets et des vendeurs de drogue en tout genre. La rénovation du stade olympique en vue du mondial 1990, accouche d’une enceinte aseptisée et couverte, le soleil est parti, s’en est fini des années magiques, rien ne sera plus comme avant…

Prosternation et dépression

Bien que le Calcio ait été secoué à plusieurs reprises par la violence, la disparition d’Antonio plonge les supporteurs romains dans une longue prosternation. Point de vendetta, seulement une peine immense qui mute en dépression suite aux disparitions successives des « storico » de Giuseppe Pucci « Geppo » jeune leader emblématique du CUCS et du virage Sud, de Roberto Rulli, jeune leader du groupe Fedayn qu’il avait fondé à l’âge de treize ans, du président Dino Viola constructeur de la Magica Roma, de l’ancien capitaine Agostino Di Bartolomei. « Diba »se donne la mort avec un pistolet, une photo du virage Sud dans sa main, dix ans jours pour jours après la défaite subit par la Roma face à Liverpool en finale de la coupe d’Europe des clubs champions, d’autres supporteurs du virage succombent pour la plupart à certaines drogues très en vogue à cette époque, quant au père d’Antonio de Falchi, il se suicide, incapable de surmonté la disparition de son fils, tous victime de la « romanita », un sentiment mêlé de romantisme, d’humour, d’exaltation, d’impuissance, de tristesse et de mélancolie profonde…

Idéalisme

Le rêve est passé, celui d’une génération et d’une équipe qui voulait tout casser, en finir avec un football imposé par les puissants au point de passer à une encablure d’un triplé historique qui aurait fait sauter tous les rapports de force qui  taraude et meurtrisse le football italien et européen. Cette Roma des lumières était un attelage de joueurs techniques, élégants tourné vers l’offensive dotée d’un système de jeu révolutionnaire soutenu par la meilleure tifoseria d’Europe, épicentre du mouvement ultra opposé de manière radicale aux nombreux promoteurs du ”Calcio moderno”.

Pour certains, le football est lié au résultat, pour d’autres c’est tripale. Durant les années quatre-vingt-dix et deux mille, le virage romain et le club tout entier glissent vers la mélancolie  malgré le titre de champion d’Italie obtenu en 2001. De nos jours, Rome vit dans l’attente que le soleil revienne un jour et d’une nouvelle révolution romantique…..…rendez vous est pris.

Photos : www.usqueadfinem.com,  www.asromaultras.org

 

   Antonio de Falchi

    Roberto Rulli

   Giuseppe Pucci  « Geppo »

    Agostino Di Bartolomei  « Capitano Ago »

 

 

Yves Alvarez

Yves Alvarez

40 Comments

  1. Beaucoup à dire sur ce bel article, qui fleure bon la…mélancolie! (réussite à double-titre, donc)

    Je ne réagirai pour l’heure que sur ceci : « Cette Roma des lumières était un attelage de joueurs techniques, élégants tourné vers l’offensive dotée d’un système de jeu révolutionnaire »………………

    Sous Liedholm, en effet, la Roma n’avait-elle déjà faite sienne la défense de zone?? Tu sais, ce truc prétendument inauguré en Italie (voire carrément inventé, en ai-je déjà lu parfois…) par…ben par Sacchi forcément – …dixit du moins les putassiers mass-médias habituels…

    « Romantique », la Roma? Meuh non : le romantisme, à en croire toujours la susmentionnée intelligentsia, c’est Ajax, Grande Milano…………. Ah, la novlangue…………….

    Nela, c’est tellement rare qu’on évoque son nom dans la francophonie…….., merci!!! Moi j’adorais ce joueur, quel tempérament!!! Et je viens de voir sa fiche, 5 sélections à peine en Squadra??? Incompréhensible…

  2. Novlangue ? Voilà pourquoi ce petit espace d’échange existe…..
    Il s’agit d’une révolution avortée malheureusement puisqu’elle n’est pas allé à son terme, maintenant…..
    Cette équipe jouait la zone et elle alignait trois créateurs au milieu de terrain, le premier jouait devant sa défense , le deuxième en position de relayeur et le troisième en soutient des trois attaquants.

    La grosse innovation venait de Falcao, il était le dépositaire du jeu de la formation romaine tout étant positionné en tant que demi défensif, c’était un joueur hybride de formation, un volante pour les brésiliens d’où son numéro cinq………..Défenseur, relayeur, créateur et buteur. C’est sur, les italiens n’ont rien vu depuis…..et nous aussi.

  3. Lien charnel entre les supps et l’équipe …

    Question de contexte. Ça me fait rire quand les gens veulent faire des comparaisons sur les époques, je passe sur les nécessités du marché et le reste, mais toute époque est liée à un contexte.

    Un tel lien charnel entre l’équipe et ses supporteurs tenait du contexte de l’époque. La Juve avait fait le nécessaire pour être intouchable durant les 80’s, une armada de joueurs champions du monde + Platini & Boniek, mais voilà, elle était vachement moche à voir jouer avec son catenaccio rustique et puis cette agressivité incarnée par Boniperti comme si n’importe quel titre était un dû……..Et puis arrive cette Roma.

    Le club de la capitale est devenu hyper populaire bien plus que la Juve hors d’Italie, Platini avait pris ombrage au sujet de la présence de Falcao, le brésilien plaisait énormément aux Italiens……

    Tiens faut que je raconte ça, parce que le sujet demeure tabou encore de nos jours, soit dit en passant les deux anciennes gloires se sont superbement ignorées lors de la CM au Brésil et dans les précédentes…

    Pour le Heysel, je vous conseille d’aller sur le site de l’INA….tapez Heysel, les extraits valent le coup d’œil, enfin surtout les commentaires…..

  4. Platini était très jaloux de certains joueurs. Il a toujours aimé avoir la couverture à lui.
    Le papier éclaire certaines zones d’ombre d’un drame disons particulier mais je vais y revenir. Après il y a eu aussi quelques drôles d’affaires arbitrales en coupe d’Europe 84 , un épisode très très peu relayé chez nous mais assez connu en Italie je crois… Match important contre un club écossais , un arbitre français aurait été approché bref… ( concerne la Roma sans vouloir minimiser la portée audacieuse de l’équipe)

    Connais pas beaucoup l’équipe en profondeur à part l’inévitable Falcao. A l’Udinese Zico faisait du grabuge , possible que Platini en ait eu ombrage : marquer à un but près , presque autant que le « roi » de la juve dans une équipe plus modeste et le tout accompagné d’une sorte de pré-retraite dorée ( il commençait à se faire âgé..) . Heureusement pour Michel cela n’a duré qu’une saison la suite étant plus difficile.

    Beaucoup de chose à dire mais il se fait tard donc j’en laisse pour demain ( du moins plus tard on est déjà Dimanche…)

  5. Arbitre français approché ?

    C’est la vraie fausse affaire de tentative de corruption concernant Michel Vautrot. Des dirigeants de la Roma auraient approché par le biais d’un intermédiaire l’arbitre français avant la demi-finale retour de C1 entre la Roma et Dundee United……..Risible quand on connaît la droiture de Vautrot.

    Après une enquête rapide, le nom de l’arbitre italien Bergamo apparait – contact du fameux intermédiaire – or le trop fameux Bergamo était reconnu pour être au service de la casa Agnelli, du coup l’Uefa à enterré l’affaire aussi sec.

    Ça me rappelle , la finale de C1 entre le Barca et la Sampdoria en 92…….Tout va bien, la Samp à une équipe de folie et puis…..Qq temps avant le RV de Wembley, paf , voilà que la Juve sort le chéquier pour s’offrir Vialli, transfert record pour l’époque.

    S’ensuit un bazar dans le club génois qui tente de résister, mais rien à faire le mal est fait……Et le jour de Wembley, Vialli rate des occasions immanquables ainsi que sa finale…

    • Tu suggères que la Juve s’employait systématiquement à déstabiliser, voire à torpiller, tout club transalpin susceptible de porter ombrage à l’ordre institué, Yves? Voilà en tout cas qui me séduit d’autant plus qu’Anderlecht ne procède pas autrement chez nous – approcher des joueurs rien que pour foutre le boxon, semer le doute voire la zizanie…

      Tant qu’à parler d’eux, 1984 est l’année de l’achat, par le club anderlechtois, des arbitres de la demi face à Nottingham, mais aussi (on ne l’évoque jamais) 2-3 tours plus tôt de l’affrontement face à Ostrava ; dans les deux cas corruption établie par enregistrements-audio…

      Et puisque tu parles du ref Bergamo, Yves, hum… Ce match-là non plus, on ne l’évoque jamais, mais toujours en 1984 (de tête : 1/4 de finale), le match retour Anderlecht-Spartak, et ce « penalty » (sifflé par Bergamo) qui qualifie les Bruxellois à la 87ème minute, comment dire………….. Contrairement aux matchs face à Ostrava et Nottingham, toutefois, les maîtres-chanteurs du Nottinghamgate n’avaient rien en stock concernant ce match-là…

  6. Je comprends que le système de jeu assez novateur pouvait déranger certains pontes du « système » italien. Possible que l’on veuille nuire au prestige de l’équipe.
    Par contre il y a eu du nouveau pour l’affaire Dundee : il y a eu aveu de transaction… Affaire qui passe très très mal dans les milieux britanniques… Il y a une haine assez prononcée de la « combinazione » en terre british. Dundee c’était aussi une belle équipe qui humilia le Barça… Mais ne nous fâchons pas je veux bien croire la thèse de la destabilisation.

    La Juve avait un certain Scirea ( Alexandre ne va pas me contredire) mais je le sauve. Beau joueur. Je vais peut-être choquer ( pas particulièrement fan des ramifications du club) mais la 1/2 de C1 contre Bordeaux ( bien que le 2e but ne devait pas être accordé…) était quand même « beau » à voir et même si le personnage Platini est particulier il était injouable sur jour-là.. ( HS la performance de Cruyff en C1 au barça contre Feyenoord , 3 passes décisives t’en penses quoi Alex 🙂 bon j’arrête de taquiner..)

    Dans cette équipe romaine , Conti est l’un des plus combattifs. Excellent joueur assez méconnu pourtant il avait une place prépondérante dans le jeu italien.

    Pour faire écho à l’article sur la gentrification des tribunes , il faudrait essayer de comprendre pourquoi du jour au lendemain des lieux de vie festifs consacrés à la passion du jeu et du football se sont soudainement transformés en cénacle de la haine et de la bêtise… Volonté d’incorporer à la masse que l’ultra libéralisme c’est la guerre? Quoi qu’il en soit cet épisode relaté dans l’article est quand même très triste. Quelque chose s’est manifestement cassé…

    • Oh Cruyff a bien eu l’un ou l’autre grands moments ;o) – en termes d’efficacité s’entend -, mais le ratio personnel de Cruyff, dans les grands matchs, est vraiment des plus médiocres (rien que le détail de ses buts inscrits donne sacré aperçu de ses limites dans l’adversité…)!

      Pour un match accompli face à une opposition de qualité : combien où il fut transparent, pour ne pas dire nul voire archi-nul…?? D’expérience perso (centaine de matchs en-vus), le ratio doit être de 1 bon match pour…8 voire 9 à oublier (dont acte : c’est le sort que le discours-mainstream leur réserve).

    • Les Italiens appellent ça, le vent du nord….
      Sont fêlé à un point qu’ils sont capables d’avoir payé l’intermédiaire pour le piégé pour ensuite braqué la presse – c’est eux qui la contrôle – sur l’argent trouvé……..Méthode facile à mettre en pratique. Je n’imagine pas une seule seconde un type comme Vautrot accepté d’être corrompu, aucune chance.

      Je pense que tu sous-estimes dans quel état mental se trouvait la casa Agnelli et tout ce qui gravite autour le soir de cette finale entre la Roma et Liverpool……….Je suis certain que si les Romains l’avaient emporté, on aurait eu droit à une affaire de type OM-VA quitte à ce qu’elle soit montée de toute pièce………Et quand je parle de la Roma , vous pouvez ajouté, la Viola, la Samp, Genoa, Napoli, etc etc…….C’est la même chose.

    • Dundee ? Oui, une équipe séduisante, mais qui pratiquait par moment l’intimidation physique. Certains joueurs romains se ont parlé de certains « coups étudiés », Falcao avait eu droit à un tacle bien senti, résultat, il a joué la finale sous infiltration. Le brésilien était en délicatesse avec son genou droit, les Écossais le savaient, ils y ont été franco. Falcao n’a plus été le même par la suite, opéré, rentrer au Brésil, il signe pour Sao Paulo à cause du niveau des pelouses dans l’état de Sao Paulo…
      HS
      La légende, les Écossais sont des gentils et les Anglais sont des pourris ça commence à devenir fatiguant………..Un de ses dogmes qui a la vie dure, encore un truc qu’il va falloir combattre.

      • Les Anglais? J’ai très vite compris qu’en France, on avait souvent du mal avec leur « fairplay » – dont ils font certes des tonnes -, en rugby (discipline que je connais bien mal…) singulièrement il me semble que la France a régulièrement payé un lourd tribut contre eux ; et tout récemment je suis sceptique concernant cette victoire en Coupe Davis (qualif expédiée au prix d’un coup direct dit-on involontairement mais fatalement envoyé par un joueur adverse sur un arbitre???)………………. Moi, désolé : leur donner un blanc-seing : jamais…mais leur dénier une aspiration fondamentale (pas partagée par tous, certes) pour le fairplay : éh bien jamais non plus, c’est une donne qui compte par là!

        Et ce n’est pas faute pourtant que, parmi les 4-5 matchs qui ont le plus marqué le football de sélection belge et ses suiveurs (dont moi), il y ait l’Angleterre-Belgique de 1990, qui chez nous fait dire aujourd’hui encore pas mal de conneries (probablement par espoir transi, tant les Belges avaient davantage de moyens qu’aujourd’hui pour remporter un titre majeur…et produisaient peut-être même le meilleur football du tournoi) ; quoique dominés, les Anglais n’avaient pas volé leur victoire (oubli ou mauvaise foi plutôt peu coutumière chez nous en matière de football, on tend chez nous à oublier systématiquement le but parfaitement valable inscrit par Barnes dans le temps règlementaire…)!………….et cependant, leur comportement n’avait pas été bien folichon (refus de rendre la balle aux Belges qui venaient de la mettre en touche…simulation « décisive » de Gascoigne…)…mais ce n’est pas pour si peu que je leur dénierais ce goût profond du combat « fair », équitable…et dont l’Histoire de leur compétition domestique, à l’instar peut-être de ce qui a cours aussi (?) aux US, témoigne largement je crois…

        Leur jeu est volontiers énergique, rentre-dedans… Il y a là-bas une culture du courage aussi, ne pas passer pour poltron… Sous d’autres latitudes, ce fut interprété comme de la sauvagerie parfois…mais du cynisme parfois nauséabond des NL, si souvent vicelard : rien…???

        J’avais été marqué aussi par un commentaire de Shankly, dans la foulée d’un Standard-Liverpool de 65… Shankly et ses boys n’étaient pas du genre à avoir froid aux yeux, le foot anglais était âpre…et cependant et à l’en croire : jamais ils n’avaient affronté une équipe aussi harceleuse! Pas question alors, pour Shankly, de reprocher quelque caractère vicelard dans le jeu des Belges, il n’avait rien vu de tel, mais que ce fût pour lui et ses joueurs singulièrement rentre-dedans : ça oui! Et comme quoi, certain cliché à l’endroit du jeu anglais, effectivement…

        • Les Ecossais, aucune idée…

          Ce qui, à leur endroit et chez nous, me semble (!) avoir le plus marqué : leur côté hyper-réaliste, killers ; pas besoin de 20.000 occases pour en mettre une au fond.

          En 63 (je crois??), les Anderlechtois furent à cet égard littéralement traumatisés par leur échec face à…Dundee :o) (mais était-ce le même Dundee??) : matchs-aller comme -retour joués dans leur camp, occasions à gogo…………………..et les Ecossais qui marquaient à la moindre sortie de leur camp ; les Bruxellois (qui fondamentalement avaient en magasin de quoi remporter la compétition…quoique trop naïfs sans doute, trop épris de style et d’offensive) avaient halluciné et en sortirent avec le sentiment de n’avoir rien compris à ce qui s’était produit!

  7. Quelque chose s’est cassé……….C’est long et fastidieux, le problème est lié à la prise de conscience de jeunes supps qui se sont déclarée ouvertement contre le foot moderne, ce que nous subissons depuis une vingtaine d’années et ce n’est pas fini, Euro à 24 et CM à 48 etc etc…..

    Avec la naissance du CUCS le mouvement ultra se politise, dès lors, les instances l’infiltrent pour le détruire, ce qu’ils ont réussi à faire….

    Méthode employée ? Groupes obscurs, petites cellules d’extrême droite et gauche pour déclencher des violences tous azimuts dans les tribunes et hors du stade + trafic de drogue et pickpocket = insécurité, ils ont morflés grave……

    Gênes demeure l’ultime bastion du mouvement ultra, mais le Genoa et la Samp jouent un rôle secondaire dans le Calcio.
    En 95, il y a l’affaire Vincenzo Spagnolo, le Milan se déplace à Gênes, le jeune Spagnollo supp du Genoa est tué d’un coup de couteau par un supp de Milan Simone Barbaglia appartenant à ses fameux petits groupes obscurs après un échange verbal……
    S’ensuit l’État de siège dans Gènes, l’auteur du meurtre est arrêter et est condamné à 14 ans de réclusion, il ne fait que la moitié de sa peine………..Le papa de Vincenzo n’a jamais reçu un coup de fil de Berlusconi, aucune explication du club milanais. Le papa de Vincenzo a vu Galliani des années plus tard, pas grand-chose à dire, ainsi vont les choses…. Un certain Carlo Giacominelli, qui accompagnait Barbaglia écope de trois mois fermes, il est aujourd’hui expert-comptable et impliqué au sein de la ligue du Nord… Ainsi vont les choses.

  8. Bruno Conti ? Une friandise, un gâteau au chocolat que l’on déguste….et on en redemande.

    Lors du fameux Bresil-Italie 82, Tele Santana avait reconnu qu’il avait une erreur majeur, ne pas canaliser le petit Conti. Falcao l’avait mis en garde,  » c’est le meilleur italien, il est plus brésilien que les brésiliens » Santana de conclure, « je ne savais pas qu’il était si fort que ça »….

  9. Oui Conti joueur magnifique en effet.
    J’essaye de répondre de manière ordonnée ( il est tard je fatigue…)
    Je n’imaginais pas l’écurie automobile qui tient le club turinois aussi furax et aussi possessive… La domination ( enfin relative sur le plan national si on gratte vraiment..) milanaise ( je pensais surtout au vendeur de soupe) de la fin des années 80 début 90 a par conséquent rendu fou le fameux dirigeant ou bien a-t-il adoubé le « cavaliere »? Très sinueux tout ça on peut se perdre…

    Après chaque équipe ayant une identité propre a ses « défauts » : sans faire de stéréotype , l’agressivité nordique , la malice latine.. Je n’évoque pas la brutalité sudam sinon je vais avoir des problèmes 🙂 D’où la grande difficulté de juger ce Dundee qui se battait avec ses armes. Pas des anges oui mais équipe charmante.

    Le cas Conti lui aussi est très intéressant : malgré son talent , malgré son titre de 82 , malgré le fait qu’il ait été reconnu comme étant l’un des meilleurs joueurs du tournoi : rien nada de l’establishment … Faut pas en parler je crois. Tout comme du Rensenbrink ou du Salif Keita… Faut bien passer à autre chose. Par contre si ça revient à la mode alors pourquoi pas…Socrates c’est fantastique parlons donc de lui ça nous donne une consistance ( on doit raisonner comme ça dans certains comités de rédaction je ne dois pas être loin de la réalité..) enfin on m’aura compris je pense.

    Beaucoup à dire sur la novlangue. Beaucoup à dire également sur cette transformation subite du supportariat. Le cas italien éclaire beaucoup de chose malgré tout. Le jouet « football » devait être maté. J’ai beau cherché à comprendre ces attaques entre supporters pour simplement un match de football mais je n’y arrive pas. C’est au-dessus de mes forces.

    L’évocation de l’infiltration de groupes inoffensifs (des supporters..) est tout de même assez terrifiant…

  10. Rajout

    Le virage sud né en 77 suite au regroupement de la presque totalité des petites organisations de supps qui peuplaient le virage sud est confronté à une première affaire d’une grande gravité deux ans plus tard, l’affaire Paparelli. Les frères paparelli décident de se rendre au stade olympique pour le voir le derby, l’un est romaniste, l’autre laziale. Alors que les virages se remplissent, Tzigano un ultra romaniste, tire une fusée, elle doit atteindre le virage Nord et au moment de retombée, un petit parachute doit s’ouvrir avec une dédicace pour l’adversaire, mais la fusée poursuit sa course folle et vient s’abattre violemment dans le virage Laziale et atteint le brave Vincenzo assis.
    Les secours s’organise, mais c’est inutile, les dégâts sont irréversibles,

    Paparelli est mort, cette tragédie empoisonne depuis les relations entre les deux camps de supporteurs qui n’avait pas besoin de ça pour se détester…..

  11. Rajout II

    Groupes ultras.

    Il y a trois mouvements ultras à la base, le premier est simplement festif – les débuts – le deuxième est politisé avec en ligne de mire la lutte radicale contre le football ultralibéral. Le premier à peu à peu disparu, quant au second, il a été réprimé violemment et quasiment éliminé des tribunes.
    Le troisième est d’une autre nature, il est politisé, mais marqué à l’extrême droite – plus par l’action que par l’idéologie – il est à la solde des dirigeants des clubs qui ont toujours pu compter sur ses groupes qu’ils ont même parfois créés et financer pour occuper les tribunes et éliminé le vrai mouvement ultra. De nos jours, ces groupes tiennent les tribunes…

  12. Rajout III

    Si les supps de la Roma, Genoa, Napoli, Torino sont liés au mouvement ultra, les clubs marqués à droite ont en réponse diligenté des groupes plus petits, mobiles, beaucoup moins démonstratifs qui s’apparentent au « squadrismo » pour occuper leur virage.

    Les groupes liés à la culture du « squadrismo » ont rapidement envahi les virages dès les années 70, ……Pilotés pour dégommer le mouvement ultra, ils prennent d’assaut les virages milanais durant les 80’s – bien que les groupes de supps milanais n’étaient pas liés au mouvement ultra sur le plan des revendications – avec l’arrivée de qui vous savez…

    Fin 80, début 90, l’offensive est violente, les « squadrismo » viennent à bout de la quasi-totalité des virages italiens, subsiste qq curva Genoa ou Livourne, mais ses clubs n’ont aucun pouvoir dans le Calcio….

  13. Autre question : qu’en est-il de l’Hellas Verona ? Le groupe de supporters ( ou le club) n’est-il pas lié à l’extrême droite? Club très particulier malgré l’exploit de 1985…

  14. Oui, Vérone la brune et Bologne la rouge, grosse rivalité entre ses deux clubs….

    Squadrismo pour Vérone, mouvement ultra pour Bologne. Le mouvement ultra dans sa forme politisé était de nature anarchiste, en aucun cas lié l’extrême gauche, faut-il le précisé…

    • Au regard du camp aujourd’hui revendiqué par ces mouvements ultras, oui : ça valait le coup de le préciser :o)

      Et de manière générale, qu’est-ce que l’anarchisme peut faire horreur à certain pouvoir profond, dis… Plus radicalement combattu que ce mouvement : tu meurs!

      • L’addition de toutes ses pensées est très hétéroclite, un vaste puzzle, les mouvements anarchistes ont toujours été infiltrés et torpillé. Mais tout mouvement n’est-il pas infiltré et torpillé à la base ? Lol….

        • J’entendais par là un truc à la Proud’Hon ;o)

          Le solde des anarchismes, genre libertarianismes divers (dont d’aucuns semblent vaille que vaille acceptables sous certaines latitudes et dans certaines limites), ben je me demande parfois si on n’y rentre déjà dans la « novlangue », l’estompement/dénaturation de concepts…? C’est comme « écolo de droite », truc très à la mode en Belgique dans les 2000’s, ça sonne faux et piège à cons je trouve… Mais c’est peut-être là que tu m’objecteras que toute pensée de masse est un piège à cons… :o)

  15. Ultra. L’histoire du mouvement est assez brève, c’est la raison pour laquelle ses organisations ne sont jamais allées au bout de leur idée. Pas le temps de travailler et beaucoup d’avis divergents sur certaines questions essentielles à la vie d’un club et du football en général, une chose est certaine, vu la menace, les dominants se sont organisé et ont enrayé le mouvement…

  16. En toute logique, L’OL ne devrait pas être désavantagé, la Roma ne fait pas partie de l’oligarchie et puis, c’est même un club détesté par le système dominant, JMA ne sera pas en mesure de jouer la pleureuse si ça tourne mal….

    • Ouais mais « système dominant » ou pas, l’arbitrage à domicile ça existe. Hier soir, j’ai trouvé l’arbitre très bien. Et le match était assez sympa à suivre bien que parfois quelque peu désordonné.

      J’ai bien aimé Salah : il est rigolo, keski court et keski va vite. Et puis, quand il a marqué, il a touché le sol avec son front. Je ne sais pas s’il était orienté vers l’Est… Valbuena, Lacazette ont été pas mal. En revanche, le nommé Diackhaby en défense, c’était quelque chose ! Il est passé à travers sur 2 ou 3 ballons (dont le but de Salah)… Pas rassurant le bonhomme.

      J’ai bien aimé aussi le maillot de l’AS Rome : d’habitude, je préfère ceux à rayures mais là j’ai bien aimé ce rouge et le liseré orange c’était joli. Par contre, celui de l’OL, c’est pas possible…

      Et je me demandais : 3 clubs belges en 1/8 de finale d’une compétition européenne, c’était déjà arrivé ? Et 2 qui se rencontrent entre eux, en plus…

      Et puisque je suis au rayon belge : j’étais étonné de voir Nainggolan jouer si haut, juste derrière les 2 attaquants. Surtout en première mi-temps où la Roma dominait. J’avais gardé le souvenir qu’il était plus défensif…

      • 3 en 1/8èmes d’une même compétition? Euh…??? 2 en 1/4 de C3, c’est arrivé plusieurs fois…mais 3 en 1/8èmes je ne sais décidément pas… Sinon 3 en 1/8èmes de plusieurs CE : ça oui, de tête c’est déjà arrivé.

        Nainggolan joue plus bas chez les Diables (je veux dire : il jou…ait!)

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