Éder Aleixo

Le parcours

Éder Aleixo de Assis commence sa très longue carrière de footballeur dans le club de l’America de Belo Horizonte à l’âge de dix-sept-ans en 1974. Après deux saisons chez les verts, il passe au Gremio de Porto-Alègre.

Sous la tutelle de Télé Santana, il explose sur le côté gauche de l’attaque du club tricolor, ces performances lui valent les honneurs de la sélection. Son pied gauche fait des ravages. On le surnomme la « bomba de Vespasiano », petite bourgade d’où Éder-Aleixo est natif. C’est le temps du Grenal, le Gremio et l’Inter, les deux clubs de Porto Alegre jouent un football de rêve bien que l’État du Rio Grande n’est guère réputé pour son esthétisme.

Sous le maillot Auriverde, il réalise de bons débuts, mais il est absent lors du mondial en Argentine, Coutinho le sélectionneur ne l’incorpore pas dans sa liste des vingt-deux. Peu après le Mondial, Télé Santana prend en main la Seleção…

Après trois saisons fructueuses, Éder réalise enfin son rêve de jeunesse, celui de pouvoir jouer pour le club de l’Atletico Mineiro de Belo Horizonte. Durant six années,  il occupe le flanc gauche de l’attaque du Galo au côté de son compère Reinaldo. Sous « son maillot », Éder continue sa marche en avant, mais il rate le titre national avec le Mineiro défait par Flamengo après une double confrontation épique.

Il faut une année à Santana pour reconstruire le onze national, Éder fait partie d’un groupe de joueur qui constitue la base du onze de Santana. Trois ans plus tard, il s’envole pour l’Espagne pour disputer la Coupe du Monde. Lors de son séjour ibérique, Éder fait feu de tout bois, il se fait remarquer par la spécification de son jeu, mais bien que très atteint par l’élimination face à l’Italie, il continue sur sa lancé.  Élu joueur le plus sexy du Brésil par la gent féminine,  il repousse une offre pharaonique venant des émirats, on parle d’une douzaine de millions de dollars, mais Éder refuse l’idée de quitter le pays, il vit confortablement grâce à des contrats publicitaires – Puma et Coca-Cola – entre autres. 

Vers 1985 les choses commencent à changer pour Éder. Depuis quelque temps, le bel attaquant n’accepte plus de se faire matraquer sur les terrains. Il répond sans cesse aux provocations de ses adversaires et se fait souvent expulser, à l’arrivée la plus fine gâchette du Brésil quitte le grand club Galo, le tout à la grande tristesse des supporters.

La nouvelle destination s’appelle l’Inter Limeira à Sao Paulo, un club secondaire  où il reste six mois. À deux mois du mondial au Mexique, Télé Santana ne le retient pas, c’est à ce moment que se produit la cassure définitive. Éder change d’air et découvre les subtilités des dessous des transferts. Le Palmeiras puis Santos et enfin une bonne douzaine de clubs en dix ans, dont le Botafogo et le Cruzeiro. Ses divers périples le mène au Paraguay, il joue pour le Cerro-Porteno, le tout ponctuer par deux retours inévitables à l’Atletico Mineiro sont club de toujours, c’est à l’âge de quarante ans, qu’il met un terme à sa carrière.

Le joueur

Le joueur est un des attaquants les plus typés que le Brésil ait produit, malgré des idées reçues, son volume de jeu était étendu. Il y avait d’abord sa fabuleuse frappe de balle, sa technique consistait à taper sous la valve du ballon ce qui donnait une trajectoire inversée au cuir, une pratique popularisée par Nelinho, latéral droit de la Seleçao, de Cruzeiro et coéquipier d’Éder à l’Atletico.

Éder était souple, fluide, ses déhanchements de danseur, ses dribbles endiablés, ses doubles démarrages projetait l’image d’un joueur sexy. Éder disposait d’un savoir-faire complet en matière de coup de pied arrêté, frappes lourdes, tendus, intérieur, extérieur, feuille morte…

Son touché de balle était somptueux, ses deux buts inscrits durant le Mondial Espagnol font partie de la légende du football auriverde. Le premier, un tir couplé à une rapidité d’exécution qui terrasse le mythique Dasaev et le deuxième, un lob, le ballon atterrit dans les filets, telle une plume qui se pose en douceur.

L’après-carrière 

L’homme est resté solitaire vivant dans son ranch, sur un ilot dans la région des Grands Lacs à proximité de Belo Horizonte, sur son parcours de joueur, Éder est resté philosophe.

Éder Aleixo de Assis n’a jamais été entraineur, tour à tour agent de joueur, représentant d’une grande société gazière et consultant pour la chaîne télé Globo, il reste une éminence grise de son très cher Atletico Mineiro…

             

 

 

 

 

 

 

 

Éder Aleixo de Assis

 

 

 

 

Yves Alvarez

Yves Alvarez

16 Comments

  1. Taper sous la valve…………. Fallait y penser, à user de la sorte jusqu’à la dernière corde du matériel!

    Et puis ce goût, si brésilien peut-être (??), des trajectoires paraboliques… Reverra-t-on un jour cela?

    • Ah, Donald Revie…

      Les supporters d’Al Ahly chantent toujours à sa gloire au Caire, il n’est resté au club qu’une seule saison au club, mais l’a profondément marqué dans bien des domaine (sportif, individuel, humain…)…

      • Tu me confortes dans l’impression que, si l’on fait abstraction de Leeds, ou d’anciens continentaux voire « révisionnistes » dans mon genre, toute l’Europe se fait fort de haïr ce type…contre lequel pourtant RIEN de bien sérieux n’a jamais pu être établi, m’enfin : faut faire avec, hein!

        « Salissez, salissez : il en restera toujours quelque chose »… « On trouve toujours un bâton pour battre un chien »…

        « Damned United », me demandais-tu? Ce n’est bien sûr pas désagréable, loin s’en faut…mais dès l’instant où tant le clan Clough que le clan Revie ont avec force raillé la qualité « historique » de cette oeuvre (…et que beaucoup, malheureusement, prennent pour argent comptant…)…

  2. Le jeune Vinicius 16 ans du Flamengo vient de signer pour le Real pour 45 millions…
    Deux ou trois lois au parlement et tout est fini, le problème est local, alors reviendrons les styles de jeu à travers une pléiade d’artistes…

    • Puisses-tu avoir raison!

      Ce qui me marque dans les frappes d’Eder : les effets sont délirants…mais la violence pas piquée des vers aussi ; vraiment de la haute-sorcellerie…!

        • Non, bien sûr! D’ailleurs l’article d’Yves en parle ;o)

          Le but fameux de Nelinho en 78, puis une frappe d’Eder contre l’Angleterre… : voilà d’ailleurs les deux gestes, découverts en archives, qui m’ont tardivement fait comprendre qu’il y avait tout de même quelque chose de vachement singulier chez bien des Brésiliens (ne pas me jeter la première bière : j’ai baigné dans le foot anglais!).

          Cette frappe d’Eder tiens : https://www.youtube.com/watch?v=3Eb-3Xp7yN0 ; on dirait un jeu-vidéo! Et quel gâchis d’avoir perdu cela…

  3. Ah génial ce papier !

    Et en plus, il fait écho à l’un de mes commentaire en réponse à une interrogation lors d’un échange entre Cosmo et Alex,  ou je developpais un peu ma vision sur les particulatismes footbalistique du Minas Gerais…

    Sans doute la région brésilienne la plus « british », que ce soit en termes de conditions météorologique, de culture-jeu ou d’ambiance footbalistique, la plupart des matchs de championnat Mineiro s’y joue sur de véritables champs de patates, avec beaucoup d’équipe semi-pro y attendant les 3 équipes de Belo Horizonte le couteau entre les dents et avec un jeu souvent trés minimaliste et remplie de testostérone, ce qui donnait jusqu’au virage néo-libéral de la CBF un savant mélange de duels physiques, de longs ballons et d’actions de grandes classe…

    Environnement parfait pour la maturation et l’éclosion de styles des plus originaux du continent, et à ce titre le Minas Gerais a donner au Brésil un sacrée paquet d’artistes, dont Eder Aleixo n’en fut qu’un des plus digne représentant…

    Alex, pour la trajectoire des balles parabolique… Typiquement brésilienne, je pourrais pas trop te dire, mais je ne pense pas, je me souviens par exemple avoir vu parfois ce type de trajectoire dans certains tirs de Zidane ou Dalglish…

    Et puis bon, pour être parvenue à conserver un semblant d’espoir de carriére professionel jusqu’a mes 18 alors que j’était de loin le moins doué de mes fréres ainées(l’un avait une certaine finesse technique , l’autre la puissance et l’aggressivité et le dernier une vitesse et une agilité bien au dessus de la moyenne), uniquement en ayant du  compenser toute ses lacunes trés tôt en me « spécialiseant » dans les frappes a mi-longues distance et les coups de pieds arrêtés, je connait un tout petit peu et trés modestement le sujet…

    Je m’y était mis assez tot, vers 11-12 ans je pense, j’avais pris Zico comme modéle, lol, du temps ou il venait d’achever sa 1ére saison au Japon et ou il commençait à devenir une « icone » marketing au Brésil, j’avais supplié mon pére a genoux pendant des jours à Florianopolis pour qu’il m’achéte la derniére K-7 vidéo qu’il venait de sortir avec une société Brasilo-nippone (ça m’a couté mon budget créme glacé du mois cette connerie…) et qui montrait tout les coup-francs qu’il avait inscrit dans sa carriére, avec ses commentaires, ses explications techniques et ses secrets sur chacun d’entre eux, qu’est ce que je l’ai pas flingué cette K-7, j’en avait fini par en connaître le moindre détails (grâce à cette K7 aussi que d’un portuguais trés moyen jusqu’alors, j’avais appris a le parler parfaitement…).

    Aprés plusieurs années ou je m’était beaucoup entrainé à frapper la balle à 25-30 métre en visant la barre transversal imaginaire sur le mur du terrain vague en face de notre pavillon (mur on les gars du quartier avaient peint un cadre blanc censé représenté une cage de foot), j’était arrivée vers 15-16 ans à parvenir à enmener le ballon à peu prés la ou je voulais, en ayant adopté les différents conseils de Zico sur sa K7 (frappe de la balle « sur le pôle sud » avec l’intérieur du hallux et relevée rapide de la jambe a mi-distance,  j’ai toujours sa voix en tête quand j’y pense, lol…), et surtout en répétant intensivement l’exercice…

    Je suis parvenu à me maintenir dans les équipes de jeunes du Danubio uniquement sur ça, j’était arrivée à une époque à marquer un coup-franc tout les deux matchs et ne sauvait mes prestations (bien souvent insipide, je dois bien l’avouer…) que par la « touche » que je pouvait apporter sur coup de pied arrêtés…

    Bref, ce long préambule pour dire que je parvenais moi aussi a mettre un effez assez similaire lorsque je frappais mes ballons sur des terrains un peu plus bosselé de la petite banlieue de Montevideo, et j’aurais deux piste à proposer sur la disparition de ces trajectoires aujourd’hui (les deux vont peut être paraitre un peu con, mais…):

    -D’abord, au milieu des années 2000, avec l’apparition de ses abominable crampons hybride, ultra-léger et ultra-déformable.
    -Ensuite, ces nouveau ballons de plage imposé par la Fifa dés la coupe du Monde 2010, ultra-léger et volant,  impossible a mettre le moindre once d’effet personnel dans les trajecroires avec ses saloperies, ça fuse a une vitesse ahurissante…
    -Enfin, les nouveaux billards et autre synthétique sur lesquel s’entrainent aujourd’hui dés le plus jeune âge la majorité des jeunes en centre de formation, plus aucune raison de tenter de travailler une once de subtilité et de finesse aux trajectoires lorsque l’on a appris a jouet sur des terrains impecable, un bon gros pointu fait l’affaire…

    Je note aussi une certaine baisse de qualités chez les tireurs de coups de pied arrêtés ses derniéres années (je fais particuliérement attention à cela depuis le temps, tu pense…), les joueurs sont de plus en plus uniformisé lorsqu’ils arrivent sur le « marché » (désolé…), les particularismes et les styles individuel se voyant inlassablement gommés dés l’apprentissage pour mieux satisfaire au football ultra-libéral, mais tout ultra-libéralisme étant synonyme d’appauvrissement, pas de secrets malheureusement…

    Sinon sur cette histoire Vinicius Junior, a noter que Flamengo ne touchera à peine qu’une petite dizaine de millions d’euros (entre 7 et 10), les intermédiares habituel vont encore une fois se frotter les mains, triste football sud-américain…

    • Arrête un peu de t’excuser, dis (« désolé »… « pistes un peu con »…), c’est toujours enrichissant de te lire!

      L’Etat du Minas Gerais? Tel que vous en décrivez la géographie footballistique : ben ça me fait penser à l’Uruguay??

      • Oui, c’est vrai que ça pourrait y ressembler, mais comme le dit Yves, l’Etat du Brésil le plus proche de l’Uruguay footbalistiquement (et même culturellement d’ailleurs) et bel et bien le Rio Grande do Sul.

        3 fois plus d’habitants, mais culture-jeu et hétérogeneïté identique avec une immense métropole, Porto Alegre (dont l’importance est moins importante que Montevideo cela dit…) et son duopole Internacional(comparable a mon Peñarol)-Gremio(…) monopolisant le débat footbalistique local et clubs « de quartiers » ou « provincial » avec pour chacun d’entre eux une identité et un style assez affirmé, servant de pourvoyeur et de réserves de talent aux deux « grands »…

        Les échanges culturels entre Rio Plata et Rio Grande ont souvent été légion, ne pas oublier par exemple que la région était la seule du Brésil qui ne comptait que trés peu de noirs jusqu’au début du XXéme siécles était le Rio Grande, et que les noirs y vivant actuellement sont pour la plupart descendants d’anciens esclaves argentins ayant fui le régime ouvertement raciste de Domingo Sarmiento, aprés que ce peuple ait servi de chair à canon à la nation durant la guerre de la Triple Alliance (ou prés de 60% des troupes argentines était composé d’africains…).

        Une fois la guerre remportés (mais a quelle gloire, ça…) et l’abollition de l’esclavage en vigueur depuis quelque décennie, ses populations noires se retrouvérent livrées aux milices portégnes de Sarmiento, et durent donc fuirent, la plupart trouvérent d’abord refuge en Uruguay, ou les persécutions raciales étaient beaucoup moins violente (voir quasiment inexistente…), puis ensuite au Rio Grande, ou le besoin de main d’oeuvre dans les nouvelles plantations allemandes dans une région jusque la assez délaissé par les différents gouvernements poussa ses populations à s’y installer massivement. Amenant avec elles toute leur tradition culturel et linguistique comme le Candombe, le Tango, le Milonga, certaines expressions typiquement portégnes ect…

        A toute fins utiles, je conseille vivement à ceux qui voudrait plus de détails sur le sujet l’excellent roman Alegre de Martínez Zuviría.

  4. Oui, l’État du Minas est une terre qui a enfanté un grand nombre de joueurs, une ville Belo Horizonte et ses clubs et le reste des terres hostiles reculés pas réellement développer et donc des terrains et une façon de concevoir le football d’une autre manière…

    Nelinho – Eder ? J’imagine la tronche des sup du Galo quand les deux lascars jouaient sous le même maillot…

  5. Oui, Flamengo ne va pas prendre grand-chose sur le transfert, les agents vont se servir. Les dirigeants de certains clubs européens font tout pour favoriser ses réseaux maffieux, ses structures parasitaires pompent le pognon ce qui leur donne un pouvoir sur le marché des jeunes joueurs par rapport aux clubs qui les forment…
    Cet argent qui ne va pas dans les caisses des clubs locaux, ce qui entrave et paralyse leur redéveloppement, procédé habille ou une putasserie de plus à mettre à l’actif de quelqu’un, avec le soutien d’abrutis dégénérés qui suivent et encourage ce type de politique…

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