IV Panamericana, 1953


La Carrera Panamericana était une course d’endurance qui se déroulait sur un tracé naturel à travers le Mexique et l’Amérique du Sud. En 1923, les autorités de plusieurs pays décident de construire une route qui va de l’Alaska jusqu’au Chili. Le point de jonction de cette réalisation est le Mexique. Pour fêter la fin des travaux qui ont duré des années, le gouvernement mexicain entreprend d’organiser une course automobile.

Les premières éditions rencontrent le succès, mais dès 1953 pour la quatrième épreuve, plusieurs prototypes de fortes cylindrés concourent dans la catégorie reine, celle de voiture de sport. Le plateau est fourni, en fonction des participants, cette compétition est un duel entre les écuries transalpines, les scuderia Ferrari et Lancia.

La firme de Maranello expédie cinq voitures préparées par la Scuderia Guastalla de Franco Cornacchia, un concessionnaire Ferrari. Le Commendatore Ferrari vise les points, car cette épreuve est inscrite aux championnats du monde des marques des voitures de sport.

De son côté, Lancia aligne cinq voitures et déploie une logistique importante avec un camion pour l’assistance technique ainsi qu’un avion, La firme turinoise espère la victoire avec Juan Manuel Fangio, son pilote vedette. Une armada de Ferrari, Porsche spider 550, Talbot  Lago, Chevrolet, d’Oldsmobile, Ford, Lincoln, Gordini et de Jaguar type C, complète la grille de départ. 172 équipages prennent part à  la première étape à Tuxtla Gutiérrez. L’épreuve se déroule sur quatre journées avec deux épreuves par jour pour une longueur de 3077 km. Durant l’hiver 1952, Fangio poursuit sa convalescence suite à un grave accident au volant d’une Maserati sur le circuit de Monza. Fangio retrouve la compétition la saison suivante. Sa Maserati ne lui permet pas de rivaliser avec les Ferrari pour le titre du championnat des conducteurs. Déçu, Fangio se tourne vers les voitures de sport.

Malgré certaines idées reçues, Fangio n’apprécie guère les courses hors circuit. Il n’est pas un grand amoureux des voitures de catégorie sport et de ce type d’épreuve, bien que durant sa jeunesse, il participe à un tas d’épreuves dans son pays.

Les carreteras, des courses qui se disputent sur des tracés routiers à travers le pays et l’Amérique du Sud sont très populaire en Argentine. Juan Manuel Fangio enlève sa première victoire dans le Grand Prix du Nord, une épreuve démentielle qui traverse toute l’Amérique du Sud, au volant d’une Chevrolet V6. Il remporte a deux reprises le titre de champion de carreteras, Il est donc pourvu d’une certaine expérience pour affronter l’aventure que représente la Panamericana.

Les voitures sont plus puissantes et véloces et le risque d’accident est plus important. Pour cette édition, le pilote argentin dispose d’une Lancia D24 avec laquelle, il peut viser la victoire. Paré d’un blouson de cuir sur sa combinaison, Fangio dissimule une certaine inquiétude sous son légendaire regard panoramique. Le départ est donné le jeudi 19 novembre 1953, dans le sud du pays. Dès la première étape, un concurrent perd le contrôle de sa voiture à cause d’un homme qui traverse imprudemment la route. Cet acte provoque la mort de six personnes. Le gouvernement mexicain inquiet par la tournure des évènements décide de déployer l’armée sur les zones les plus fréquentées par les spectateurs.

Juan Manuel fangio au volant de sa Lancia D24

D’emblée, el Chueco, adopte un rythme rapide tout en laissant ses coéquipiers Felice Bonetto et Piero Taruffi en découdre. La Ferrari 340 Mexico du team Allen Guiberson conduite par Phil Hill, un des favoris pour la victoire abandonne. Après quelques dizaines de kilomètres Fangio suit de près les leaders en dévalant à vive allure les hauts plateaux mexicains pour longer la côte avant de remonter sur Oaxaca.

Arrivé sans encombre, le pilote argentin apprend qu’Antonio Stagnalo et Giuseppe Scotuzzi ont trouvé la mort au volant de leur Ferrari. La cause est due à un pneu qui a éclaté à grande vitesse. Après la première étape gagnée par Taruffi, la Carrera sème déjà son terrifiant cortège de mort. La Panamericana est une course éprouvante, les concurrents sont sur les nerfs. Si les pilotes prennent un immense plaisir à maitriser leurs machines à travers les routes poussiéreuses, la peur de tuer des spectateurs ou de faire une erreur de conduite habite en permanence la totalité des concurrents.

La deuxième étape se déroule entre Oaxaca et Puebla, le vendredi 20 novembre sur une distance de 407 miles. Taruffi l’emporte en 2h 52 ’33 « à la moyenne de 141,524. Fangio se classe à la troisième place précédée par  Bonetto. L’Argentin finit à 2 ’07 » de Taruffi. Le temps a été le premier Bonetto, seconde Taruffi à 55 « et le troisième Fangio à 3 ’51 ».

La troisième étape a lieu dans l’après-midi, une neutralisation intervient pour permettre à certains concurrents de faire des réparations sur leur voiture. L’le parcours long de 128 km relie Pueblo à Mexico. Durant le trajet, Fangio frôle l’abandon. Le réservoir d’eau de sa Lancia est mal refermé, ce qui provoque des éclaboussures sur la roue droite. Alors qu’il arbore une courbe, sa voiture se dérobe et percute par l’arrière violemment un muret. La Lancia est blessée, mais Fangio rallie la fin de l’étape en terminant cinquième.

Dans la manche suivante, le maestro suit toujours à distance les leaders rejoints par Humberto Maglioli redevenu compétitif sur sa Ferrari 375. Fangio rallie Mexico sans encombre. Le lendemain il accélère le rythme. Maglioli, le pilote le plus dangereux de Ferrari est en embuscade, mais alors que les concurrents filent vers León, Bonetto et Taruffi se tirent la bourre et l’inévitable fini par se produire. Alors qu’il file plein gaz, Bonetto perd le contrôle de sa machine à proximité du village de Silao, il dérape sur l’herbe et prend un poteau de face, Felice Bonetto est tué sur le coup !

Derrière, Piero Taruffi perd beaucoup de temps alors que Fangio maintient sa vitesse de croisière. Peu après, la Ferrari de Maglioli rend l’âme. Ce dernier se voit attribuer le volant de la Ferrari de Ricci, le pilote Ferrari le plus éloigné au classement général. À travers les longues plaines et ses grandes courbes et virages serrés à la moyenne de 170 km/h, la peur d’un accident ou la possibilité de tuer un passant est permanents. Arrivée à León, le champion argentin apprend le décès de Felice Bonetto par un jeune homme membre de l’organisation de la course alors qu’il a pris la tête de la course. Pour Juan-Manuel Fangio, la nouvelle est dure à admettre, car Bonetto était plus qu’un coéquipier et adversaire c’était aussi un ami. L’étape provoque son cortège d’abandons avec notamment la perte des deux Gordini.

Premier au classement général, « el Chueco » continue à exercer un contrôle sur ses poursuivants, il colle au train arrière de Maglioli loin des premières places, ce dernier remporte la victoire qui mène les concurrents rescapés vers la cité de Durango.

L’étape suivante est toujours aussi compliquée. Le parcours qui relie Durango à la localité de Parral est piégeur. C’est Humberto Maglioli qui l’emporte après deux heures et quinze minutes à travers les hauts plateaux, entre-temps le directeur technique de la scuderia Lancia  oblige ses pilotes à accepter la présence d’un mécanicien à leur côté. La victoire se dessine, la firme turinoise ne veut prendre aucun risque. Pour Fangio c’est une contrariété dont il se serait bien passé, car le champion argentin préfère courir en solitaire. La dernière étape longue de trois-cents kilomètres se dispute sur un rythme très élevé, car certaines parties du tracé sont pourvues de longue ligne droite. Humberto Maglioli hors concours pour la victoire finale met à rude épreuve sa Ferrari, il remporte une nouvelle étape en réalisant une moyenne de 222 km/h, Fangio termine de nouveau à quelques secondes du pilote Ferrari.

Victoire finale de Juan Manuel Fangio dans la Panamericana de 1953

Des années plus tard, Juan Manuel Fangio qui  certes n’a pas gagné une seule étape durant cette édition de la carrera, mais qui a parfaitement contrôlé la course aurait laissé entendre que cette victoire était sans nul doute la plus difficile de toute sa carrière de coureur automobile. Il est vrai que la carrera était une épreuve d’une grande intensité, chaque pilote se devait de possédé une concentration extrême vue toutes les embûches qu’offrait cette course inhumaine. La Panamericana, c’était l’aventure et le salaire de la peur.

Yves Alvarez

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