Ty Cobb, violence dans le jeu

 

Enfance

Tyrus Raymond Cobb voit le jour dans l’État de Géorgie dans la petite bourgade de Narrows proche de la ville de Royston durant l’année 1886. Comme bien des petits Américains de son époque, le jeune Tyrus s’adonne à la pratique du baseball. Très vîtes l’enfant montre déjà certaine qualité au niveau du bâton les vastes terrains vagues de Royston avec ses interminables parties dans les champs lui permet d’explorer très tôt tous les rudiments du jeu.

Le gamin éprouve une grande passion pour ce jeu, il vit intensément chaque partie qu’il effectue, en fonction de ses dispositions pour le baseball, il est clair qu’une éventuelle carrière professionnelle se profile pour l’adolescent blond aux oreilles décollées. Le jeune Tyrus intègre une formation des ligues mineures, les Royston Rompers. Son père suit son ascension avec assiduité et enthousiasme.

Detroit et la Major League

Le jeune homme signe au Steelers d’Anniston une équipe du Tennessee, quelque mois plus tard un boy-scout des Tigres de Détroit le repère et le fait signer pour la franchise du Michigan, mais la joie d’évoluer pour une formation des ligues majeures se brise. Un soir son père rentre à la maison, il est abattu par sa femme qui croyait avoir affaire à un cambrioleur. Tyrus est dévasté, cette tragédie va le poursuivre durant toute sa vie, mais il pardonne à sa mère.

Cobb fait ses débuts en août 1905 au Bennet Park, la première tanière des Tigres .Il débarque dans un monde inconnu celui de la Major League avec ses voyages en train et ses séjours dans les plus grands hôtels de Chicago, Boston, et New York. Les Tigres font partie des meilleures formations de la ligue, il devient rapidement le deuxième batteur de la formation.

La première place est occupée par Sam Crawford. Les deux hommes sympathisent et le rapport maître élève s’installe, car Crawford a six ans de plus que Cobb. C’est la relation la plus complexe que Cobb va vivre durant son existence. Cela commence par une grande amitié puis elle se transforme en rivalité et enfin l’inévitable rupture survient entre les deux hommes. Deux années après son arrivée à Détroit, Cobb remporte ses premiers titres avec la victoire dans l’American League, mais les Tigres échouent en finale des World-séries face au Chicago Cubs.

Malgré ce cruel avatar, il se révèle et impose son leadership au côté de Crawford. Tous les deux forment un tandem irrésistible en défense en position de champ centre pour Cobb et champ droit pour Crawford. Les deux vedettes jouent en parfaite symbiose, Hughie Jennings joueur manager et George Mullen, lanceur vedette font le reste.

Les deux saisons qui suivent sont identiques, Détroit remporte l’American League, mais perd en finale des séries. Le natif de Narrows est un joueur populaire, mais, sa manière de jouer très particulière commence à faire jaser beaucoup de fans ainsi que la presse.

 

Violence et intimidation

Sur le terrain, Cobb joue avec une détermination sans faille par moment sa rage peut devenir incontrôlé et les accrochages deviennent légion, il dépasse souvent les limites. Ses provocations envers ses adversaires sont multiples et la foule elle aussi a droit à son attention. Cobb ne perd jamais une occasion de créer la polémique, de partout où les Tigres se déplacent, les stades sont pleins ainsi que les nickelodeons ou le public découvre le phénomène sur des bandes d’actualités.

Cobb, enchaîne les performances et dépasse son ami au bout de quelques saisons. Crawford, un joueur sans histoire et grand amateur de littérature française commence à être fatigué par le comportement de Cobb ainsi que ces coéquipiers, mais le nouveau terminator du baseball ne prête attention aux humeurs de ses coéquipiers. Il est devenu le roi de la ligue, mais le niveau de l’équipe stagne, car le salaire de la jeune star est toujours plus important, et cela au détriment du reste de l’effectif.

Très tôt, Cobb investit l’argent qu’il gagne. En 1907, il signe un contrat à vie avec la marque Coca Cola qui commence à être sérieusement implanté sur le marché américain. Sur le plan privé, il s’installe avec sa femme Charlotte à Augusta en Géorgie, un lieu de repos pendant les intersaisons.

Malgré ses records, le joueur laisse sceptique. Georgia Peach ne possède pas une frappe foudroyante, sa technique à la batte, mais le Bad boy possède une pointe de vitesse impressionnante, il est pourvu d’une lecture du jeu qui reste encore inégalé à ce jour enfin, il use du facteur psychologique à outrance. On ne joue pas au baseball avec lui, il s’agit d’autre chose, c’est la guerre tout diront certains de ses adversaires.

En 1917, Cobb s’engage sur le front de guerre. Il débarque en France en 1918, il opère dans une unité spécialisée dans les armes chimiques. À son retour, il reprend ses habitudes. En 1921, il devient joueur-manager des Tigres, il réussit son trois-millième coup sûr à la batte.

En 1926, il abandonne le baseball et se retire à Augusta. Ce départ est suivi d’une polémique, un ancien membre des Tigres affirme que Cobb avait arrangé un match avec le manager des Red-Sox, Tris Speaker en 1919. L’affaire va en justice, il est blanchi de ces accusations. Cobb sort de sa retraite et joue deux saisons pour les Philadelphia Athletics. À l’âge de quarante-deux ans, il se retire définitivement du circuit.

Millionnaire et franc maçon

Durant des années, il se consacre à ses affaires avec la firme Coca-Cola. Il possède des parts dans trois usines d’assemblages, il est aussi un membre influent d’une loge maçonnique, c’est durant ses années de joueur à Detroit qu’il intègre les cercles de pouvoir. Vers la fin de sa vie, il entame la rédaction de ses mémoires avec l’aide d’un journaliste. Il crée ensuite une fondation à Royston grâce à son immense fortune avec pour but de venir en aide au jeune étudiant démunie et pour les gens malades dans le besoin. Tyrus Cobb décède à Atlanta en 1961, des suites d’une longue maladie. Il est inhumé à Royston, la ville qu’il avait quittée encore adolescent pour partir à la conquête de l’Amérique.

 

 

Après son décès, la polémique reprend. Cobb était un méchant homme uniquement préoccupé par sa personne. Certains l’ont décrit comme un odieux raciste suite à une violente agression envers un noir groom d’hôtel, pourtant, il est un des rares anciens joueurs qui apporte son soutien à l’émancipation de la Major League envers les joueurs de couleur. Il entama aussi une relation amicale avec un des membres du staff technique des Tigres qui était noir, sa fondation viendra aussi en aide aux enfants noirs de Géorgie. Ty Cobb fut pour beaucoup un homme aux contours ambigus. Son engagement dans la franc-maçonnerie et sa position sociale ont sans doute obligé Cobb à changer ses positions en matière sociétale sur bien des points.

Il y a toutefois une histoire qui laisse entrevoir son caractère. Après sa mort, le reporter qui écrit ses mémoires découvre des courriers envoyés au gens qui préside le Hall of Fame. Ses lettres expliquaient les multiples raisons pour lesquelles, Sam Crawford son ancien coéquipier devait être intronisé au temple du baseball. Tyrus Cobb qui ne parla plus jamais à ce dernier après son départ des Tigres fera un lobbying pour celui qui fut un ami puis un rival, quarante ans plus tôt…

Il y a quelques années, le vénérable Tigers Stadium a été fermer puis rasé entièrement laissant la place à un terrain de baseball. Lors de certaines nuits, des personnes ont affirmé avoir entendu des bruits étranges qui s’apparentaient à des frappes de balle accompagnée d’une voix qui rugissait …

Yves Alvarez

Yves Alvarez

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