Alfredo Relaño, la voix du système

Alfredo Relaño est la plume la plus renommée de l’autre côté des Pyrénées quand il s’agit de parler de football. Lire Relaño devient nécessaire si on connait l’histoire du football ibérique dans ses moindres détails, car Relaño est le journaliste qui a pour mission de réécrire le roman national en matière de football. Relaño, c’est une dialectique acquise entièrement aux intérêts des deux clubs phares du championnat espagnol, le Real Madrid et le FC Barcelone et tout ce qui gravite autour de ses deux institutions.

Relaño vient au monde en 1951, il est de père castillan et de mère catalane. Adulte, Relaño se lance dans le journalisme, il collabore avec plusieurs organes de presse, dont Marca et Mundo Deportivo et le journal El Pais dès sa fondation en 1976, il est en charge de l’actualité sportive. Relaño intègre Canal + durant les années quatre-vingt-dix et prend en charge tout ce qui touche à l’actualité du football. Suite à l’acquisition du quotidien AS par le groupe Prisma durant l’année 1996, Relaño en devient le directeur général, une position qu’il occupe encore à ce jour.

Avec l’arrivée de Canal+ et des droits télé ce qui modifie l’économie du football, Relaño commence  à réécrire l’histoire du football espagnol.

Relaño est l’inventeur du classico dans sa version espagnole. Cette prise de position intervient dans un football ibérique dont l’activité ne tourne pas autour de deux clubs, ce qui peut s’avérer comme source de confrontation majeure et de conflit médiatique. Relaño sait que le football espagnol comme dans toute l’Europe n’est que culture depuis les années soixante, la Coupe d’Europe ayant joué un rôle majeur dans ce transfert du divertissement vers le culturel.

En fonction de ses nouvelles disponibilités, Relaño se met au travail pour réécrire l’histoire du football local focalisé sur les clubs du Real Madrid et du FC Barcelone. Ce qui n’était que de petites histoires entre ses deux clubs sans importance – il existe les mêmes entre les autres clubs – devient un fait historique, d’une portée monumentale pour l’histoire du football mondial. Relaño a réussi à imprégner par cette logorrhée totalitaire, l’ensemble des professionnels de la presse.

Sa création du Clàsico en référence au choc principal du football argentin qui met aux prises les clubs de Boca Juniors et River Plate, résume son action. Le Clásico Boca-River est une fratrie qui s’est divisée. Le Clásico de Relaño n’a rien de commun avec l’original, puisqu’il oppose les deux plus grandes villes du royaume à travers deux clubs marqués à droite et qui n’ont jamais été éloigné de par la sociologie de leurs supporteurs, et ce même durant la période franquiste, en terme de confrontation ont à fait mieux.

Relaño est à la source de multiple polémique de confort, des attaques pour occuper l’esprit du péquin, quel que soit le club qu’il supporte. Par ses écrits Relaño accompagne le processus de transformation du football ibérique entrepris à l’orée des années quatre-vingt-dix, mutation d’un public populaire vers un public issus des classes aisées, il participe aussi à dissimuler le pouvoir diplomatique du Real Madrid et du FC Barcelone à Zurich.

L’irruption de l’argent à profusion dans le monde du football professionnel à contribuer à abaisser la connaissance et l’histoire du jeu, au point de travestir le passé pour mieux vendre la période actuelle, ce qui a enfanté une nouvelle génération de consommateurs de la matière. Relaño plus qu’aucun autre à participer à cette gentrification du football et continue à produire cette entreprise spoliatrice et d’abêtissement généraliser.

Yves Alvarez

Yves Alvarez

5 Comments

  1. Rien à ajouter à ton papier, Yves, juste deux petites interrogations…

    Ce Relaño aurait-il eu une part de résponsabilité dans cette légende urbaine selon quoi le Madrid aurait été le club du régime sous le régne du caudillo ?

    Et surtout… Est-ce qu’un pays d’Europe connut une libéralisation aussi violente, brutale et agressive  que l’Espagne after-75 ?
    Alex évoquait sous l’article de Munkacsi la « fameuse » movida, que je ne vois personnellement que comme le bras armée idéologique « show-bizz » de cette ultra-libéralisation progressive de la trés conservatrice Castille (sorte de plan Marshall du pauvre)…

    Loin de moi l’idée de défendre le régime de Franco, m’enfin je me demande tout de même en quoi l’Espagne n’était pas en partie préservée sous son régne…

    • Personnalité que je ne connaissais le moins du monde, merci! Et merci d’autant que tu fais œuvre vachement utile…et ardue ; pas aisé de remonter le fil des légendes urbaines, chapeau bas!

      Légende noire, franquiste, du Real? Je ne vais pas jouer les grands connaisseurs en la matière mais, du peu que j’en sais : cette légende noire est sans conteste antérieure à l’action de Relano!

      Merci de me conforter dans mon scepticisme et ma perplexité concernant la Movida, ouf… Je suis si souvent passé pour un cuistre, un incurable con dénué de bon goût, à chaque fois que je répondais « en société » que la Movida me laissait de marbre……………. Idem du ciné espagnol de veine plus fantastique qui suivit, hyper-encensé par la critique…..??? Je dois être un vieux con! :o)

      Idem aussi d’un Inarritu (orthographe???), ce « Babel » que j’eus jadis l’outrecuidance de dire trouver lourdingue et d’une pompeuse pseudo-maestria cinématographique…………. De l’Altman du pauvre perclus de pensée mondialiste, bbrrrrrrrr…

  2. La Movida ? Un gadget dans les mains des libéraux, pas bien difficile à comprendre…

    Real club du pouvoir ? La réponse est facile pour moi, puisque je n’ai aucune affinité avec ce club. Il existe plusieurs témoignages, document qui atteste que le club n’a jamais eu aucun lien avec la junte franquiste, la question est pourquoi ? Ça tient à la personnalité de Bernabéu.

    Bernabéu n’était pas un idéologue bien qu’anti communiste, c’est la seule chose qu’il partageait avec le pouvoir, pour le reste, hum…

    Bernabéu était détesté par le camp vaincu, libéraux bourgeois républicains, mais ce que l’on a tendance à ignorer, c’est tellement confortable pour certains petits cons, est que Bernabéu était rejeté aussi par la bourgeoisie traditionnelle madrilène et ibérique qui soutenait le régime.

    Bernabéu était un pragmatique, de plus, il n’a jamais épousé les codes sociétaux de la vieille bourgeoisie, pire, il a fait rentrer en masse en tant que socios, des dizaines de milliers de gens qui provenaient des classes populaires, il a décloisonné le club du Madrid sur le plan sociétal et à refuser d’enlever la bannière mauve – II république espagnole – du blason du club en signe de réconciliation entre sup du club favorable ou défavorable au régime, etc etc..

    Le Real-Bernabéu et le pouvoir, ça n’a jamais été une grande affaire, même si Saporta le secrétaire général du club s’est évertué à pacifier les relations entre Bernabéu et le pouvoir ce qui à permis à la junte de récupérer un brin les victoires acquises par le club sur le plan continental…

    Depuis les années 80’s et 90’s, les choses ont évolué, le club est devenu un corps constitué de l’État espagnol, tout comme le Barca…

    • « (…) pire, il a fait rentrer en masse en tant que socios, des dizaines de milliers de gens qui provenaient des classes populaires, il a décloisonné le club du Madrid sur le plan sociétal (…) »

      Sur ce passage, Yves : était-ce, dans le chef de Bernabeu, par volonté…ou par pragmatisme??? (je pense au fait que, si je ne me trompe, le nouveau stade fut financé grâce à une souscription populaire)

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